Syrie

02 novembre 2017 07:32; Act: 02.11.2017 13:55 Print

Assad a gagné la guerre, reste la bataille politique

Si le régime du président syrien a repris plus de la moitié de la Syrie, il reste isolé sur la scène internationale.

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Si le régime du président syrien a repris plus de la moitié de la Syrie, il reste isolé sur la scène internationale (photo: AFP)

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En six ans de guerre, le régime du président syrien Bachar el-Assad a pu reprendre plus de la moitié de la Syrie. Mais, dépendant de ses alliés russe et iranien, il reste isolé sur la scène internationale.

«Le régime a repris militairement de larges pans du territoire syrien, mais parler d'une victoire politique et diplomatique serait exagéré», affirme à l'AFP, Karim Bitar, de l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS).

Depuis le début de la campagne militaire russe en 2015, pour venir à la rescousse d'un régime en difficulté face aux rebelles et aux djihadistes, les troupes du président Bachar el-Assad ont remonté la pente. Ils contrôlent désormais 52% du territoire, où vivent plus des deux tiers de la population, selon le géographe français spécialiste de la Syrie Fabrice Balanche.

Le reste du pays est divisé entre des factions rebelles affaiblies, l’État islamique (EI) et surtout les forces kurdes dans le nord et le nord-est (25% du territoire). Pour les analystes, il est clair qu'au bout de six ans, c'est Damas qui a le dessus.

Poursuite de l'insurrection

«Le régime a indiscutablement gagné la guerre du point de vue stratégique», car «personne» n'exige désormais «son départ» comme préalable, dit Hasan Hasan, analyste auprès du Tahrir Institute for Middle East Policy, basé aux États-Unis. Dans le même temps, «la guerre ne va pas prendre fin en matière de violences», tempère-t-il. Il dit s'attendre «à ce que l'insurrection se poursuive pendant plusieurs années, djihadistes ou non».

Tous les efforts ont été vains pour faire cesser le conflit, qui a commencé par des manifestations pacifiques contre le régime Assad et dont le bilan est désormais de plus de 330 000 morts. Plusieurs sessions de négociations inter-syriennes supervisées par l'ONU n'ont pas abouti. Un nouveau round est prévu le 28 novembre à Genève. Ces pourparlers ont été éclipsés par ceux d'Astana, organisés par les alliés du régime, la Russie et l'Iran et la Turquie, soutien de l'opposition.

Assad, pomme de discorde

Malgré des avancées, toutes les discussions ont finalement buté sur la principale pomme de discorde: le sort de Bachar el-Assad. L'opposition n'a cessé de réclamer son départ, ce que refuse catégoriquement Damas et ses alliés.

Le président syrien reste isolé. Aucune grande capitale occidentale n'a repris ses relations diplomatiques. Récemment le secrétaire d'État américain Rex Tillerson a affirmé que «le règne de la famille Assad» arrivait «à sa fin», après un rapport de l'ONU le mettant en cause dans une attaque au gaz sarin ayant fait 87 morts.

Toutefois, ces chancelleries ne réclament plus clairement un départ de M. Assad comme c'était le cas durant les premières années de la guerre. «L'ambiance en Europe a considérablement changé», confirme Karim Bitar. «Beaucoup d'acteurs importants - renseignements, agents du contre-terrorisme, partis d'extrême droite, groupes économiques - ont déjà montré une ouverture envers le régime et font du lobbying en vue d'une normalisation des relations», ajoute-t-il.

Problème kurde

Joshua Landis, spécialiste de la Syrie et professeur à l'université d'Oklahoma, s'attend à un réchauffement des relations entre Damas et des pays de la région. «Avec le temps, je pense que tous les voisins de la Syrie vont normaliser les relations si la situation sécuritaire continue de s'améliorer», dit-il en allusion à des pays comme la Jordanie et la Turquie. «Ils ont besoin que les réfugiés rentrent au pays, et de relancer les relations commerciales». La nouvelle stature du régime a toutefois un prix, celle d'une «extrême dépendance» vis-à-vis de ses parrains. Ces «alliés iranien et russe ne laisseront pas Damas prendre de grandes décisions sans eux», avance M. Bitar.

Au niveau intérieur, un défi majeur, outre la reconstruction d'un pays ravagé, se pose également: le statut des Kurdes. Longtemps réprimée par le régime, cette minorité a pu durant la guerre établir une semi-autonomie qu'elle n'est pas prête à céder. Les forces kurdes sont aussi à la pointe de lutte antidjihadiste.

Si Damas s'est dit ouvert à une discussion, il est difficile de l'imaginer accepter une autonomie. «La décentralisation serait impossible à appliquer car elle nécessiterait des négociations de longue durée sur des questions techniques et économiques comme les ressources pétrolières», selon Karim Bitar.

(L'essentiel/nxp/ats)