En Chine

07 décembre 2018 09:00; Act: 07.12.2018 10:19 Print

7 500 Birmanes ont été forcées de se marier

En Birmanie, des milliers de femmes ont été vendues comme épouses à des Chinois, d'après un rapport rendu public. La plupart auraient été obligées d'avoir des enfants.

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Les Birmanes sont parfois contraintes d'épouser des hommes plus âgés, malades ou handicapés. (photo: AFP/Phyo Hein Kyaw)

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Des milliers de femmes birmanes sont vendues de force, afin de les marier, en Chine, victimes collatérales de la politique de l'enfant unique longtemps mise en œuvre dans ce pays, d'après un rapport rendu public vendredi, à Bangkok. La Chine compte aujourd'hui un surplus de quelque 33 millions d'hommes en raison de sa politique de contrôle des naissances instaurée de 1979 à 2015. Pour combler ce fossé, des dizaines de milliers de femmes pauvres du Cambodge, du Laos, de Birmanie et du Vietnam partent se marier chaque année en Chine, certaines de leur plein gré tandis que d'autres y sont forcées par leur famille ou sont victimes de trafiquants.

En Birmanie, quelque 7 500 femmes de l’État Kachin et de l’État Shan, dans le nord du pays, ont été vendues comme épouses à des Chinois, d'après ce rapport publié par l'école américaine de santé publique, Johns Hopkins Bloomberg. L'étude, s'appuyant sur le témoignage de plusieurs dizaines de femmes birmanes, a révélé que la plupart avaient été obligées d'avoir des enfants. Les mariages sont souvent arrangés par les anciens du village ou les familles des jeunes femmes, qui ne peuvent pas refuser, car elles sont en bas de l'échelle sociale. Elles sont parfois contraintes d'épouser des hommes plus âgés, malades ou handicapés.

Entre 8 800 et 13 200 euros

Certaines unions sont toutefois réussies et la question du consentement est complexe et varie au cas par cas, a relevé l'auteur du rapport, W. Courtland Robinson, lors d'une conférence de presse à Bangkok. Acheter une épouse coûte au mari chinois entre 10 et 15 000 dollars (entre 8 800 et 13 200 euros), la majorité de cette somme étant répartie entre les différents intermédiaires. Les chercheurs demandent aux autorités birmanes de mettre un terme au conflit entre l'armée et les groupes rebelles armés dans l’État Kachin et l’État Shan, des violences qui placent les femmes dans une grande situation de vulnérabilité.

«En raison de l'instabilité politique, des conflits et de la confiscation des terres, la sécurité des femmes est un défi majeur», a déclaré Moon Nay Li, de l'Association thaïlandaise des femmes Kachin, qui a dirigé les recherches sur le terrain. Les auteurs du rapport demandent aussi à la Birmanie d'appliquer la loi contre la traite des êtres humains et de reconnaître ces femmes comme des victimes. Le pays a chuté cette année au plus bas niveau dans le rapport du département d'État américain sur la traite des êtres humains qui juge qu'«il ne répond pas aux normes minimales» pour tenter de juguler ce trafic.

(L'essentiel/afp)