Alpiniste miraculée

08 février 2018 11:36; Act: 08.02.2018 12:49 Print

«Je suis très en colère, on aurait pu sauver Tomek»

Elisabeth Revol, secourue fin janvier lors de l'ascension de la «montagne tueuse», fustige la lenteur des secours qui n'ont pas permis de sauver son compagnon.

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L'alpiniste française Elisabeth Revol a exprimé, mercredi à Chamonix, sa «colère» contre la lenteur des secours, difficiles à organiser au Pakistan, qui n'ont pas permis de sauver son compagnon de cordée polonais, Tomasz Mackiewicz, mort au Nanga Parbat.

«Je suis très en colère, on aurait pu sauver Tomek si ça avait été un réel secours, pris à temps et organisé», a déclaré la rescapée de la «montagne tueuse» (8 126 m) lors d'une conférence de presse, dix jours après son sauvetage in extremis par une équipe d'himalayistes polonais.

«Course contre la montre»

Dans l'Himalaya et a fortiori en hiver, «le temps est précieux», «c'est une course contre la montre» une fois qu'a été lancé le message de détresse, a rappelé la jeune femme de 37 ans, les traits tirés. Elle est soignée intensivement à l'hôpital de Sallanches (Haute-Savoie) pour tenter d'éviter une amputation, notamment de son pied gauche, le plus atteint par les engelures.

À partir du 25 janvier, 23h10 heure pakistanaise, quand Elisabeth Revol envoie son SOS à son ami et routeur Ludovic Giambiasi, à son mari Jean-Christophe et à la femme de Tomek, Anna, une centaine de messages seront échangés - et certains perdus en route - avant que l'appareil GPS de la Française s'éteigne.

À ce moment-là, elle et Tomasz Mackiewicz sont en perdition dans la descente. Le Polonais souffre de troubles de la vision. «Tomek n'a pas mis ses lunettes, se rappelle Elisabeth Revol sur BFM TV. Je lui ai dit de mettre ses lunettes, et ensuite je n'ai pas insisté. Je pense que c'est le premier détail qui me vient en tête car ensuite tout s'est passé en cascade».

Mensonges

L'alpiniste ne sera tenue au courant que de l'essentiel, les consignes à suivre en fonction de son état et de la progression des secours. Des secours qui ont rencontré «des freins et des problèmes», a déploré Ludovic Giambiasi, qui a coordonné les bonnes volontés depuis Gap.

Parmi les plus regrettables, selon lui, il y a eu des «mensonges de certains Pakistanais» sur la «disponibilité, la réservation et les capacités des hélicoptères» à monter ou non chercher Tomek à plus de 7 000 m d'altitude, puis à chercher Elisabeth Revol, descendue par ses propres moyens jusqu'à 6 300 m. Sans compter la surenchère sur les prix, «partis de 15 000 dollars et montés à 40 000» pour finalement être exigés "on the table", en cash sur la table», a dénoncé M. Giambiasi.

«Quand je me suis séparée de Tomek, j'avais la consigne que je descendais et que les secours arrivaient dans deux-trois heures. Pour moi, clairement, j'en ai discuté avec Tomek, je lui ai dit "tu restes ici, tu es protégé dans ta crevasse, j'ai partagé le point GPS donc on sait exactement où tu es et pour que l'hélico puisse venir te secourir, je suis obligée de descendre". Il m'a dit "il y a aucun souci, j'attends là, il n'y a pas de problème"», conclut Elisabeth Revol.

(L'essentiel/afp)