Agression

01 novembre 2013 12:39; Act: 01.11.2013 12:39 Print

Le courage d'une jeune femme défigurée à l'acide

Agressée à l'acide il y a cinq ans devant son lycée, la jeune Afghane Shamsia Husseini s'était jurée de poursuivre ses études. Aujourd'hui, elle est enseignante.

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En Afghanistan, les attaques à l'acide sont récurrentes sur les jeunes femmes. (photo: Keystone)

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Le jour de novembre 2008, Shamsia marche avec des camarades vers le lycée Mirwais Nika, un établissement pour filles à Kandahar, bastion historique des talibans dans le sud du pays, quand deux hommes à moto s'arrêtent à côté d'elle. L'un d'eux, masqué, l'interpelle, lui demande si elle va à l'école, puis arrache son voile et lui jette de l'acide au visage.

Shamsia, alors âgée de 17 ans, est gravement blessée, ainsi qu'une quinzaine d'autres adolescentes. L'agression suscite une vague de réprobation dans le monde entier. Laura Bush, alors Première dame des États-Unis, évoque u«n crime ignoble et lâche». Malgré tout, Shamsia convainc ses parents de la laisser continuer à aller au lycée.

«Il faut qu'il soit puni»

Cinq ans plus tard, ses yeux la font toujours souffrir, elle a des troubles chroniques de la vision, mais elle s'est accrochée, et c'est elle maintenant qui donne des cours aux filles de Mirwais Nika. «Elles sont parfois un peu dissipées, elles me testent», dit la jeune femme en souriant, au milieu de fillettes âgées d'une dizaine d'années. C'était très important pour moi de devenir enseignante. «C'est une manière de dire que ceux qui m'ont attaquée n'ont pas gagné», souffle-t-elle.

L'attaque n'avait pas été revendiquée et les talibans eux-mêmes, qui interdisaient l'école aux filles lorsqu'ils étaient au pouvoir (1996-2001), ont affirmé ne pas être impliqués. Neuf suspects avaient été interpellés, puis relâchés sans que personne ne soit jamais condamné pour ce crime. Pourtant, l'un des agresseurs vit juste à côté de chez Shamsia, soutient la jeune femme. «Il est en liberté, et ce qui s'est passé pourrait très bien se reproduire. Il faut qu'il soit puni, sinon cela veut dire qu'il n'y a pas de justice», dit-elle.

«Je me souviens de ce jour»

«Le président Karzaï avait promis de les pendre. Si jamais j'ai un jour l'occasion de lui parler, je lui demanderai pourquoi il ne l'a pas fait», gronde-t-elle. Le lycée Mirwais Nika, construit par les Japonais, a ouvert ses portes en 2004 et accueille 2 600 filles âgées de 6 à 20 ans. Shamsia, qui gagne 85 dollars par mois, y enseigne les arts plastiques et l'écriture. Suite à cette agression, l'établissement avait été à deux doigts de fermer ses portes. «Nous avons dû travailler dur pour convaincre les parents de ne pas retirer leurs enfants de l'école après l'attaque», raconte la directrice, Danesh Alavi.

«Je me souviens de ce jour, la peur, la panique, l'anarchie. Le fait que Shamsia soit devenue professeure est un exemple de courage pour les autres filles», assure-t-elle. Si les droits des femmes ont progressé depuis la chute des talibans, Kandahar reste l'une des provinces les plus conservatives d'Afghanistan. Lorsqu'elles quittent l'école, les élèves passent l'essentiel de leur temps chez elles, et quand elles sortent, elles doivent porter la burqa.
Rester à la maison, ne pas travailler? Inimaginable pour Shamsia.

(L'essentiel Online/ATS)