États-Unis

28 juillet 2018 10:39; Act: 28.07.2018 10:46 Print

Le ton continue de monter entre Trump et «CNN»

Journalistes privés d'accès, de questions ou d'interviews: le gouvernement américain manifeste de plus en plus ouvertement son animosité contre la chaîne d'info.

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Dix-huit mois après son investiture, le 45e président des Etats-Unis n'a encore accordé aucune interview à CNN. (photo: archive/photo d'illustration)

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Mercredi, c'est la journaliste Kaitlan Collins qui s'est vue interdire l'accès à une conférence de presse après avoir posé, à la criée, des questions jugées «inappropriées» au président des États-Unis. L'incident faisait suite à d'autres, notamment plusieurs avec l'une des vedettes de la chaîne, Jim Acosta. Dix-huit mois après son investiture, le 45e président des États-Unis n'a encore accordé aucune interview à CNN, alors qu'il en a donné des dizaines à d'autres télévisions.

Son hostilité vis-à-vis de la chaîne est telle que, selon le New York Times, il se serait récemment emporté parce que le poste de télévision de son épouse, Melania, dans l'avion présidentiel Air Force One était branché sur CNN.

«Fake News Media»

Les médias généralistes dans leur ensemble, qu'il appelle régulièrement «Fake News Media» (les médias des fausses informations), sont attaqués sans relâche par le président, mais aucun d'entre eux, pas même le New York Times, n'a droit à ce traitement. En retour, ses journalistes se montrent particulièrement virulents avec le milliardaire. Don Lemon, une des stars de la chaîne, a même qualifié M. Trump de «raciste».

Pour Robert Thompson, professeur de télévision et médias à l'université de Syracuse, l'image de CNN, qui se situe encore «au milieu», «avec un peu d'objectivité même si ce mot ne veut plus dire grand-chose», et sa propension à évoquer des sujets problématiques pour Donald Trump «le rendent complètement fou». Fox News à droite, MSNBC à gauche, les deux autres chaînes d'information ont, elles, ouvertement choisi leur camp.

«Aucun média n'est complètement objectif, mais parmi les principales chaînes d'information, je pense que c'est celle qui essaye le plus de l'être», abonde Edward Burmila, professeur de sciences politiques à l'université de Bradley. «Les gens de gauche pensent que CNN est fade et inoffensive, et les conservateurs la voient comme de la propagande communiste», ajoute-t-il.

Influence de CNN

Difficile de pointer une raison évidente à cette rancune tenace de Donald Trump. Certains évoquent la relation complexe qu'entretient Donald Trump avec le président de CNN Jeff Zucker, qui lui a offert une rampe de lancement en diffusant l'émission de téléréalité «The Apprentice», lorsqu'il dirigeait la chaîne NBC, mais a depuis pris ses distances avec l'ancien promoteur immobilier.

Pour Robert Thompson, Donald Trump pourrait taper plus souvent sur CNN que sur les autres, car il voit en elle l'un des seuls canaux d'information à pouvoir encore espérer influencer des électeurs indécis. La mise à l'index répétée que subit la chaîne depuis plus de deux ans perturbe parfois le travail de ses journalistes, mais lui offre une visibilité dont elle n'aurait pu rêver. Pourtant, si ses audiences sont solides, quasiment doublées par rapport à ses niveaux de début 2015, avant le début de la campagne présidentielle, elle se fait tailler en pièces par Fox News, mais aussi par MSNBC.

«Taper fort sur Trump»

Au deuxième trimestre, Fox News réunissait environ 2,4 millions de téléspectateurs en moyenne en prime time et MSNBC 1,7 million, quand CNN n'en rassemblait qu'un peu plus de 900 000. CNN a récemment bouleversé sa grille pour installer Chris Cuomo, un énergique quadragénaire new-yorkais, frère du gouverneur démocrate de cet État, Andrew Cuomo, sur la case la plus importante et la plus commentée de la journée, celle de 21h à 22h.

«Cela indique que CNN veut concurrencer l'influence grandissante de MSNBC sur sa gauche et qu'ils estiment que taper fort sur M. Trump est bon pour leurs audiences», avance Edward Burmila. Autre signe que le curseur bouge, les présentateurs-vedettes de la chaîne s'autorisent de plus en plus des commentaires. Anderson Cooper a récemment estimé que la rencontre de Donald Trump avec le président russe Vladimir Poutine et la communication qui l'a suivie étaient «la prestation la plus honteuse pour un président américain sur la scène mondiale».

(L'essentiel/nxp/ats)