Thionvillois tué en Syrie
22 février 2012 14:38; Act: 22.02.2012 15:34 Print
Ochlik, grand pro et «bouffeur de terrain»
THIONVILLE - Rémi Ochlik, photographe de 28 ans tué à Homs mercredi était, de l'avis de ses pairs, un professionnel passionné par son métier qu'il voulait exercer «au plus près de l'événement».
Rémi Ochlik avait reçu un prix début février au World Press Photo pour ses reportages en Libye. (photo: dr)
«On a vingt ans et pas vraiment envie de mourir, on donnerait tout pour être loin, très loin, ne jamais être venu», confiait-il au retour de son premier reportage, en Haïti. Mais à peine le danger passé, «nous voilà avec une seule envie, une seule idée fixe: y retourner, encore et encore». «La guerre est pire qu'une drogue», ajoutait le jeune homme de 20 ans à l'époque.
Diaporama Guerre en Syrie
Les faits
Deux journalistes, un Français (Rémi Ochlik) et une Américaine (Mary Colvin), ont été tués mercredi, ainsi que 13 civils syriens, dans la ville rebelle de Homs pour laquelle la communauté internationale tente d'acheminer une aide humanitaire d'urgence. Ils ont péri dans le pilonnage du quartier de Baba Amr, qui a touché un appartement transformé en «centre de presse» par les journalistes entrés clandestinement dans la ville, ont précisé des militants syriens antirégime, au 19e jour de bombardements incessants de Homs par les forces du régime. «Trois ou quatre autres journalistes étrangers ont été aussi blessés», a déclaré le militant Omar Chaker à Baba Amr, principale cible des troupes régulières depuis le 4 février, contacté via Skype. Le CNS syrien envisage une intervention armée
Face à l'escalade de la violence, le Conseil national syrien (CNS), principale coalition de l'opposition, a demandé à la communauté internationale la création de «zones de protection» et sa porte-parole, Basma Kodmani, se rend à Genève pour voir avec le Comité international de la Croix-Rouge «comment sécuriser l'aide humanitaire». Mais alors que le CNS avait jusqu'à présent rejeté toute intervention militaire étrangère, Mme Kodmani a estimé que cette idée «pourrait bien être la seule option» pour faire cesser la répression. Damas «pas au courant» de la présence des journalistes tués
Le ministre syrien de l'Information, Adnane Mahmoud, a affirmé mercredi que les autorités n'étaient «pas au courant» de la présence des journalistes tués selon Paris dans les bombardements sur la ville rebelle de Homs. Les États-Unis dénoncent la «brutalité» de la Syrie
Les États-Unis ont estimé mercredi que la mort de deux journalistes tués mercredi à Homs, en Syrie, était «un nouvel exemple de la brutalité éhontée du régime du (président) Assad».
Svelte, cheveux bruns courts et regard bleu, ce célibataire avait cofondé en 2005 l'agence IP3 Press, dont l'objectif était de couvrir l'information à Paris et les conflits dans le monde. Son site portfolio (www.ochlik.com) affiche de nombreuses photos de guerre, souvent à couper le souffle, et quelques-unes de France, manifs ou campagne présidentielle de 2007. «Il avait envie de bouffer du terrain, ce métier il le transpirait, il l'aimait profondément», a raconté son confrère Franck Medan, précisant que ce «grand pro» avait «l'habitude de couvrir ce genre de situations» dangereuses.
Talent extraordinaire
Originaire de Lorraine, né à Thionville, Ochlik avait fréquenté Saint-Pierre-Chanel puis avait commencé sa carrière comme stagiaire à l'agence Wostok à Paris en 2003, pendant ses études de photo à l'école Icart. «Quand j'ai demandé à Rémi ce qu'il voulait devenir, il m'a tout de suite répondu "photographe de guerre"», disait la directrice de l'agence à l'époque, Slavica Jovicevic, à l'occasion du festival international de photojournalisme Visa pour l'Image.
«J'ai été impressionnée par son talent extraordinaire, les photojournalistes aussi doués que lui sont rares», ajoutait-elle. À 20 ans, en février 2004, Rémi Ochlick tombe sur une dépêche de l'AFP évoquant le conflit en Haïti, où des rebelles menacent de prendre le pouvoir, après la chute du président Aristide. Il part, tout seul, trois semaines.
«Au plus près»
Ses photos lui valent le prix Francois Chalais pour les jeunes reporters et une présentation à Visa pour l'image, une opportunité rare et un «sérieux coup de pouce» pour un débutant, souligne Franck Medan, actuel gérant de Wostok qui a connu le photographe à ses débuts. Jean-François Leroy, le directeur du festival, expliquait alors: «On m'a montré un travail sur les événements d'Haïti. Très beau, très fort. Je ne connaissais pas le mec qui a fait ça. Je l'ai fait venir. Il s'appelle Rémi Ochlik, il a vingt ans. Il a travaillé tout seul, comme un grand. Voilà. Le photojournalisme n'est pas mort». «À 20 ans, c'était déjà un très bon photographe qui voulait être au plus près de l'événement», se souvient M. Medan, vivement ému par l'annonce de son décès.
«D'une grande humilité, plein d'énergie, curieux, il travaillait au 35 mm, il n'avait pas les moyens de s'équiper d'un téléobjectif. Mais même s'il l'avait pu, il voulait aller loin, être au plus près de l'événement et vivre les choses pleinement», a-t-il expliqué. Rémi Ochlik, lauréat début février du World Press Photo pour ses reportages en Libye, avait travaillé en République démocratique du Congo en 2008 et était retourné en Haïti pour l'épidémie de choléra et les élections présidentielles en 2010.
En 2011, il a couvert tous les théâtres du Printemps arabe, témoin des révolutions en Tunisie, en Égypte, et du soulèvement et de la guerre de Libye. Ses photos, aussi terribles qu'humaines, ont notamment été publiées dans Paris Match, Time magazine et le Wall Street Journal. Il était aux côtés du photographe français Lucas Mebrouk Dolega, tué en janvier 2011 à Tunis. «C'est la loi des séries, écoeurant», soupire M. Medan, se rappelant «la grande gentillesse, la simplicité» du photographe, tué à Homs.
(L'essentiel Online/AFP)






















auteur: AMV le: 23.02.2012 10:52
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