Fusillade à Las Vegas

04 octobre 2017 12:58; Act: 04.10.2017 14:21 Print

Tueries de masse: l'édito glaçant du «NY Times»

Excédé par le manque d'action des responsables politiques au sujet de la vente des armes aux États-Unis, le quotidien marque les esprits avec un calendrier édifiant.

Sur ce sujet

Deux jours après la pire fusillade de l'histoire des États-Unis, le New York Times a décidé de frapper fort avec un édito très engagé. Aux longues phrases, le quotidien américain a préféré un calendrier clair, net et précis. Il remonte au 12 juin 2016, jour de la fusillade survenue au Pulse, boîte de nuit gay d'Orlando (Floride). Chaque case grisée représente un jour où une fusillade a eu lieu. «477 jours. 521 tueries de masse. Zéro action du congrès», dénonce le vénérable journal dans son titre.

D'après le New York Times, les États-Unis n'ont pas connu six jours de suite sans tuerie de masse. Le quotidien américain n'en peut plus de l'inaction du monde politique quant à la vente des armes à feu, reprend le Huffington Post. L'exemple de Stephen Paddock, l'auteur de la fusillade de Las Vegas, est particulièrement parlant: l'homme possédait plus de 40 armes à feu, des milliers de munitions et des dispositifs permettant de transformer des fusils d'assaut en armes automatiques au pouvoir létal décuplé.

Informations incomplètes

Comment le retraité Stephen Paddock a-t-il pu amasser un tel arsenal pour perpétrer la tuerie de Las Vegas? Aux États-Unis, ce n'est pas difficile. Et c'est surtout légal. Bien que le pays soit connu pour ses lois permissives en matière d'armes à feu, il existe bien des restrictions sur les ventes de plusieurs armes à un même acheteur. Mais elles ne sont pas difficiles à contourner. La plupart des armes sont achetées auprès de vendeurs disposant de licences fédérales et qui doivent vérifier les antécédents de leurs clients. Le FBI, la police fédérale, compare alors leur nom aux bases de données recensant les noms des délinquants connus. Mais ces listes ne sont pas parfaites, car elles s'appuient sur des informations parfois incomplètes fournies par les États américains.

C'est comme ça que Dylann Roof, auteur de la tuerie raciste de Charleston en juin 2015, avait pu acheter une arme quelques semaines auparavant, alors même qu'il avait été arrêté pour possession de drogues. Il y a des contrôles, souligne Laura Cutilletta, directrice juridique d'un groupe de pression contre les violences par armes à feu, le «Law Center to Prevent Gun Violence». Les vendeurs autorisés d'armes à feu, qui sont responsables de quelque 60% des ventes, doivent ainsi également signaler les achats de plus de deux armes en moins de cinq jours ouvrables par un même acheteur à l'agence fédérale ATF (Bureau of Alcohol, Tobacco and Firearms). Mais même dans ce cas, «la police n'a pas obligation d'enquêter», explique-t-elle.

Faciles à modifier

Trois États seulement - la Californie, New York et New Jersey - interdisent de vendre plus d'une arme de poing au même acheteur dans un délai d'entre 30 et 90 jours. Mais ailleurs, le pays est un marché pratiquement libre, les propriétaires d'armes n'étant par exemple pas forcés de vérifier les antécédents à la revente. Et quand une personne n'a pas d'antécédents - comme Stephen Paddock, comptable retraité âgé de 64 ans - rien ne l'empêche d'acheter autant d'armes qu'elle le veut. Surtout au Nevada, État où se trouve Las Vegas et particulièrement permissif. «Il n'y a aucun moyen que l'ATF ou que le FBI le sache», poursuit Laura Cutilletta.

Ajoutant à l'horreur et au pouvoir de dévastation, Stephen Paddock a pu tirer une avalanche extrêmement nourrie de rafales sur les plus de 22 000 spectateurs rassemblés en contrebas pour un concert de country. Parmi la vingtaine d'armes cachées dans sa chambre d'hôtel, le retraité détenait 12 fusils d'assaut modifiés pour qu'ils puissent tirer des centaines de rafales sans avoir à actionner constamment la détente avec le doigt, selon l'ATF. Les armes automatiques sont interdites aux États-Unis depuis les années 1980 mais il est facile de convertir des semi-automatiques - du type du célèbre AK-47 ou de l'AR15 - largement disponibles chez les vendeurs spécialisés américains.

Pour 40 dollars, un petit dispositif permet de tirer avec une fréquence beaucoup plus soutenue qu'avec le doigt. Et pour seulement 99 dollars, on peut transformer une arme semi-automatique grâce à un autre mécanisme, dit «bump stock», permettant de tirer en continu jusqu'à ce que le chargeur soit vide. Ces dispositifs légaux sont même vendus accompagnés d'un certificat de l'ATF.

(L'essentiel/joc/AFP)