Attentat au Canada

31 janvier 2017 07:22; Act: 31.01.2017 09:31 Print

Un étudiant pro-​​Le Pen et antiféministe

Un étudiant canadien, aux idées nationalistes, est soupçonné d'être l'auteur de l'une des pires attaques contre la communauté musulmane jamais perpétrée dans un pays occidental.

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Alexandre Bissonnette, 27 ans, étudiant en science politique à l'université Laval voisine de la mosquée, avait été interpellé peu après le drame qui a également fait huit blessés, dont cinq dans un état grave. Vêtu d'une combinaison blanche, le jeune homme est sorti menotté d'une voiture de police avant d'être présenté à un juge lundi soir. «Le directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a porté 11 chefs d'accusation à l'encontre d'Alexandre Bissonnette», a déclaré Jean-Pascal Boucher, porte-parole du DPCP.

Les 11 chefs d'inculpation correspondent aux «meurtres avec préméditation» des six fidèles abattus pendant la prière et aux «tentatives de meurtres avec arme à feu» pour les cinq blessés graves lors de la fusillade. Avec 80 policiers sur place, l'enquête se poursuit afin de rassembler des éléments pouvant mener dans les prochains jours à une inculpation pour «terrorisme» et atteinte à la sécurité nationale, a précisé la Gendarmerie royale du Canada (GRC, police fédérale).

Idées nationalistes

Près de 24 heures après la tragédie, beaucoup de questions restaient en suspens, principalement sur les raisons qui ont poussé ce jeune homme à tirer sur des fidèles dans un lieu de culte situé à moins d'un kilomètre de son domicile dans le quartier Sainte-Foy à Québec. Ses idées nationalistes et le partage sur ses réseaux sociaux, fermés depuis, des propos du président américain Donald Trump donnent un premier éclairage sur un geste condamné unanimement dans le monde. «C'est avec douleur et colère que nous apprenons l'identité du terroriste Alexandre Bissonnette, malheureusement connu de plusieurs militants à Québec pour ses prises de positions identitaires, pro-Le Pen et antiféministes à l'université Laval et sur les réseaux sociaux», a dénoncé sur Facebook le collectif Bienvenue aux réfugiés - Ville de Québec.

Si la police avait d'abord fait état de deux suspects, la progression de l'enquête a permis de blanchir un autre étudiant d'origine marocaine interpellé alors qu'il sortait de la mosquée juste après la fusillade. Lundi «vers 8h30 (14h30 au Luxembourg), beaucoup de policiers sont arrivés chez moi et m'ont demandé qui était réellement Mohamed Belkhadir», a raconté à l'AFP un étudiant marocain qui habite en colocation avec lui. «Ils m'ont posé beaucoup de questions (...), si on fréquentait la même mosquée» ou si M. Belkhadir pouvait être lié à l'attaque de la mosquée, a-t-il poursuivi sous couvert d'anonymat.

Six binationaux

L'horreur et l'incompréhension dominaient au lendemain de la tragédie dans laquelle six fidèles réunis pour la dernière prière quotidienne au centre culturel islamique de Québec ont succombé aux balles. La communauté musulmane de Québec est effondrée. «C'est terrible pour la communauté, c'est terrible pour le Québec, c'est terrible pour le vivre ensemble», a confié Mohamed Ali Saïdane, venu lundi participer à un rassemblement des élus et des représentants des associations de musulmans à l'hôtel de ville.

Les six personnes tuées étaient toutes des Canadiens binationaux, a indiqué Mohamed Labidi, vice-président du Centre culturel islamique de Québec. Un Marocain, deux Algériens, un Tunisien et deux Guinéens ont perdu la vie, a-t-on appris de sources officielles. Ils étaient âgés de 39 à 60 ans, a annoncé le médecin légiste.

(L'essentiel/AFP)