Première mondiale

12 septembre 2014 15:56; Act: 12.09.2014 16:06 Print

Ses cellules de bras servent à réparer son œil

Une équipe japonaise a réalisé vendredi la première intervention chirurgicale au monde d'implantation sur l'homme de cellules créées à partir de cellules reprogrammées (iPS).

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Cette première mondiale réalisée par l'équipe du professeur Takahashi ouvre la voie à de nouveaux traitements thérapeutiques. (photo: AFP)

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Cette intervention, qui a duré environ trois heures, a eu lieu vendredi après-midi au Japon dans le cadre des premiers essais cliniques mondiaux sur l'humain de cette technique de médecine régénérative. Elle a consisté à implanter dans l’œil d'une patiente, une femme de 70 ans, un film mince de cellules créées à partir de cellules iPS, elles-mêmes issues de cellules adultes de la peau du bras de cette personne, a expliqué l'équipe médicale de la Fondation pour la recherche biomédicale et l'Innovation (Ibri) de Kobe (ouest), associée à Masayo Takahashi, directrice de projet à l'institut public Riken.

Le but de cette première opération sur l'homme est d'abord de vérifier la sûreté d'une telle manipulation, notamment de voir si ne se déclare pas un cancer, tout en espérant une amélioration de l'état de la personne concernée. Le ministère japonais de la Santé avait approuvé il y a un an le projet d'essais proposé par l'Ibri et le Riken. Dans le cas présent, il s'agit de traiter une des formes de la maladie oculaire appelée dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA), première cause de cécité des plus de 55 ans dans les pays industrialisés. Quelque 690 000 individus sont concernés au Japon.

«Un important pas en avant»

Les cellules souches pluripotentes induites (iPS) sont créées à partir de cellules adultes du patient ramenées à l'état quasi embryonnaire en leur faisant de nouveau exprimer 4 gènes (normalement inactifs dans les cellules adultes). Cette manipulation génétique a pour but de leur faire recouvrer leur immaturité et la capacité de se différencier dans tous les types cellulaires, en fonction du milieu dans lequel elles se trouvent. En 2012, les chercheurs japonais Shinya Yamanaka et britannique John Gurdon avaient été récompensés conjointement du prix Nobel de médecine pour avoir montré que des cellules matures différenciées pouvaient redevenir pluripotentes.

«Les cellules iPS ont été conçues il y a 7 ans. Que l'on soit parvenu en si peu de temps à des essais cliniques est un important pas en avant», a commenté vendredi M. Yamanaka lors d'une conférence de presse. Il va cependant falloir accumuler les expériences, a-t-il ajouté. L'usage de cellules iPS ne pose pas de problème éthique fondamental, au contraire des cellules souches prélevées sur des embryons humains. Les avancées sur les cellules iPS sont devenues une priorité de recherche au Japon où l’État a décidé de leur allouer des financements importants considérant que la recherche cellulaire est un domaine extrêmement prometteur dans lequel les Nippons devraient prendre une longueur d'avance.

Succès entaché par un suicide

Toutefois, tous les travaux inhérents ne sont pas couronnés de succès. Depuis six mois, un scandale dit des «cellules Stap» agite le monde scientifique japonais et aurait pu affecter les essais thérapeutiques avec des cellules iPS. Début juillet, Haruko Obokata, jeune directrice d'une unité de recherche du Riken, a en effet dû accepter à son corps défendant le retrait de ses deux articles expliquant la création des cellules Stap, une découverte initialement jugée extraordinaire. S'y trouvaient des contrefaçons d'images qui ont remis en cause l'ensemble des éléments présentés ainsi que l'existence-même des cellules Stap.

Cette histoire a pris début août un tour tragique avec le suicide d'un des protagonistes, le professeur Yoshiki Sasai, une éminence du monde de la recherche cellulaire qui avait aidé Mme Obokata à mettre en forme ses articles. La directrice des recherches cliniques sur les cellules iPS, Mme Takahashi, du même institut, avait entretemps menacé de jeter l'éponge à cause d'une ambiance délétère et d'un climat qualifié de «dangereux» où la crédibilité de son institut était sérieusement entachée. Elle a changé d'avis et aujourd'hui l'univers scientifique se réjouit de cette opération chirurgicale réussie qui devrait être suivie de cinq autres dans un premier temps.

(L'essentiel/AFP)