Meurtre d'une fillette yazidie

25 octobre 2021 10:27; Act: 25.10.2021 11:45 Print

Amal Clooney fait condamner une Allemande de l'EI

Une Allemande, ex-membre de l'EI accusée d'avoir laissé mourir de soif une fillette yazidie réduite en esclavage en Irak, a été condamnée lundi à dix ans de prison à Munich.

storybild

Jennifer Wenisch (à droite) a été condamnée à dix ans de prison. (photo: AFP)

Sur ce sujet
Une faute?

Accusée notamment de crime de guerre et meurtre, Jennifer Wenisch, 30 ans, a écopé de dix ans de prison alors qu'elle encourait la prison à vie dans l'un des premiers procès au monde à poursuivre un crime de guerre contre les Yazidis, minorité kurdophone persécutée et asservie par les jihadistes en Irak et en Syrie.

Amal Clooney et la Yazidie Nadia Murad, ancienne esclave sexuelle de l'EI et co-prix Nobel de la paix 2018 sont à la tête d'une campagne internationale pour faire reconnaître les crimes commis contre les Yazidis comme un génocide et représentaient la mère de la petite victime dans ce procès qui avait débuté en avril 2019.

Amal Clooney défendait la mère de la petite fille. (AFP)

(AFP)

L'Allemande condamnée, originaire de Lohne, en Basse-Saxe (nord-ouest), s'était rendue en Irak pour rejoindre «ses frères», comme elle l'a expliqué lors du procès qui avait débuté en avril 2019. Pendant plusieurs mois, elle y a patrouillé, armée, au sein de la police des mœurs à Falloujah et Mossoul. Cette force veillait notamment au respect des règles vestimentaires et de comportement fixées par les jihadistes.

Attachée sous 50°C

À l'été 2015, elle et son mari d'alors, Taha Al-Jumailly, actuellement jugé à Francfort dans une procédure parallèle, ont acheté parmi un groupe de prisonniers une fillette de 5 ans et sa mère issues de la minorité yazidie afin de les exploiter en tant qu'esclaves, selon l'accusation. Après de nombreuses maltraitances, la petite fille a été «punie» par le mari de l'accusée pour avoir uriné sur un matelas, puis attachée, par des températures autour de 50°C, à une fenêtre à l'extérieur de la maison. La fillette est morte de soif tandis que sa mère, Nora T., avait été contrainte de rester au service du couple.

Accusée d'avoir laissé faire son compagnon sans intervenir, Jennifer Wenisch a affirmé à l'audience avoir «eu peur» qu'il «ne (la) pousse ou l'enferme». Ses avocats, comme ceux de Taha Al-Jumailly, ont tenté de suggérer que la fillette, emmenée plus tard dans un hôpital de Falloujah, n'était peut-être pas décédée. Une version contestée par la mère de l'enfant, Nora T., qui vit désormais cachée en Allemagne. Témoin clé, la survivante a été entendue lors des procès des ex-époux.

Le chauffeur était un informateur du FBI

«On va faire de moi un exemple pour tout ce qui s'est passé sous l'EI. Il est difficile d'imaginer que cela soit possible dans un État de droit», s'était défendue Mme Wenisch lors de l'une des dernières audiences, selon des propos rapportés par le journal Süddeutsche Zeitung. Elle avait été arrêtée par les services de sécurité turcs en janvier 2016 à Ankara puis extradée vers l'Allemagne. Mais elle n'a été placée en détention qu'en juin 2018, après avoir été arrêtée en tentant de rejoindre avec sa fille de 2 ans les territoires que l'EI contrôlait encore en Syrie.

C'est au cours de cette tentative qu'elle a raconté sa vie en Irak à son chauffeur. Ce dernier était en réalité un informateur du FBI qui la conduisait dans une voiture équipée de micros. Le parquet a utilisé ces enregistrements pour l'inculper. Ce procès est l'un des premiers concernant des crimes commis sur les Yazidis, minorité kurdophone du nord de l'Irak. En octobre 2020, une Germano-Tunisienne, épouse d'un jihadiste, avait été condamnée par un tribunal allemand à trois ans et demi de prison pour avoir notamment contribué à réduire à l'état d'esclave une jeune Yazidie lorsqu'elle séjournait en Syrie.

La petite minorité ethno-religieuse yazidie a été particulièrement persécutée par les jihadistes, qui ont réduit ses femmes à l'esclavage sexuel, enrôlé de force des enfants-soldats et tué des hommes par centaines.

(L'essentiel/AFP)