Syrie

14 mars 2019 08:39; Act: 14.03.2019 10:26 Print

Après 8 ans de guerre, Assad s'estime sauvé

Huit ans après le début du conflit en Syrie qui a fait plus de 360 000 morts et des millions de déplacés, le régime Assad profite de la perte de vitesse de la révolution.

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Assad estime que son régime est sauvé. (photo: AFP)

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Le président syrien Bachar el-Assad estime avoir sauvé son pouvoir. Mais le régime, sous influences étrangères, fait face à un pays morcelé, ravagé humainement et économiquement par la guerre. Plus de 360 000 morts, des destructions estimées à 400 milliards de dollars, plus de 13 millions de déplacés et de réfugiés: le défi à relever pour Damas est immense, alors qu'un tiers du territoire syrien échappe encore à son contrôle.

Conséquence des victoires du régime sur les rebelles et les jihadistes ces derniers mois, la situation économique calamiteuse a toutefois pris le dessus sur les craintes sécuritaires. Chômage criant, coupures de courant, pénuries de gaz domestique, la grande majorité des Syriens vivent à ce jour sous le seuil de la pauvreté, selon l'ONU.

Les combats ont nettement baissé en intensité et le «califat» du groupe État islamique (EI) est sur le point de s'effondrer. Mais le conflit est toutefois devenu «plus complexe», en raison de la présence de «puissants acteurs étrangers qui contrôlent de vastes zones et risquent de ne pas quitter la Syrie de sitôt», souligne Nicolas Heras, chercheur du Center for New American Security.

«Paysage de désespoir»

Au premier rang, la Russie et l'Iran - alliés indéfectibles de Damas, qui leur doit une large part de sa survie - conservent une importante présence militaire en Syrie. Le paysage actuel est celui «de la division et du désespoir», explique Joshua Landis, spécialiste du conflit syrien. Plus d'un tiers du pays «est occupé par des États étrangers qui ont bâti et financé des milices locales», indique-t-il. Par ailleurs, plusieurs régions restent dans le viseur de Damas, dont celles contrôlées par les Kurdes, jusque-là soutenus par Washington, dans le nord et le nord-est du pays.

Dans ce champ de bataille géopolitique, les intérêts des protagonistes divergent fortement. Ankara, hostile au projet d'autonomie kurde, «veut imposer une 'Pax Ottomana' dans le nord et l'est de la Syrie», selon M. Heras. «La Russie veut stabiliser Assad» pour élargir son influence au Moyen-Orient, au détriment de Washington notamment, tandis que l'Iran cherche à utiliser le territoire syrien dans son combat à distance contre Israël. Lequel a multiplié ces derniers mois les raids aériens en Syrie.

Autre obstacle de taille pour Damas, la «guerre économique», évoquée dimanche par le président syrien alors que le régime est incapable à ce jour de faire face au chantier de la relance. La guerre a entraîné des destructions massives d'infrastructures et a réduit à néant plusieurs secteurs lucratifs, dont celui du pétrole.

Le régime de Bachar el-Assad «a besoin de l'eau et du blé» de l'est syrien alors que Washington «a pour politique de le priver de ses ressources» afin de voir «s'effondrer» l'économie, relève encore Nicolas Heras. Selon Joshua Landis, «les États-Unis imposent à la Syrie l'un des régimes de sanctions les plus stricts ce qui aggravera la misère» sociale.

(L'essentiel/afp)