Conflit civil au Kirghizstan

08 août 2019 15:02; Act: 08.08.2019 16:49 Print

L'ex-​​président arrêté après une bataille rangée

Almazbek Atambaïev a été inculpé pour corruption. D'abord retranché dans son bastion, l'ex-homme fort du pays a finalement été arrêté lors d'un assaut contre sa résidence.

Les forces spéciales cherchent toujours à arrêter l'ex-président kirghiz.

Sur ce sujet
Une faute?

L'ex-président kirghiz Almazbek Atambaïev a été arrêté jeudi lors d'une nouvelle opération de police dans sa résidence, marquée par des heurts qui font craindre des troubles dans ce pays d'Asie centrale, ont rapporté plusieurs médias locaux.

Au lendemain d'un premier raid qui a tourné à la bataille rangée, un millier de membres des forces de sécurité sont revenus à la résidence de l'ancien chef de l'État, inculpé pour corruption et en conflit avec son successeur, selon la députée Irina Karamouchkina, alliée de M. Atambaïev. Un nombre équivalent de partisans de M. Atambaïev protégeaient sa maison dans le village de Koï-Tach, près de la capitale Bichkek, a-t-elle précisé.

Almazbek Atambaïev, 62 ans, président de 2011 à fin 2017, a été inculpé fin juin de corruption par la justice kirghize. Son immunité en tant qu'ancien président a été levée par les députés. L'ancien chef de l'État est soupçonné d'«acquisition illégale de terres» et d'avoir fait libérer un membre d'un clan mafieux, accusations qu'il dénonce comme une manœuvre politique du nouveau président, son rival Sooronbaï Jeenbekov.

À la fin de son mandat, Almazbek Atambaïev avait réussi au prix de manœuvres politiques à imposer la candidature de Sooronbaï Jeenbekov, alors son poulain, mais les relations se sont rapidement dégradées entre les deux hommes. Leur conflit personnel fait désormais craindre de graves troubles dans cette ex-république soviétique d'Asie centrale en proie à de fréquentes tensions ethniques.

«Mesures immédiates»

L'assaut de mercredi a donné lieu à des violences. Un correspondant de l'AFP a vu les policiers et des centaines de partisans de M. Atambaïev se lancer des pierres. Des partisans de M. Atambaïev ont désarmé et battu des hommes des forces spéciales pour les prendre ensuite en otage, tandis que d'autres partisans tentaient de les protéger. Un membre des forces spéciales a été tué et le chef de la police de la province de Tchouï (nord) est grièvement blessé. Selon le procureur général, au total 23 civils et 24 membres des forces de sécurité ont été hospitalisés. Le ministère de la Santé a précisé jeudi que certains des civils présentaient des blessures par balle.

Le président Jeenbekov a écourté ses vacances pour rentrer à Bichkek. Il a tenu jeudi matin une réunion d'urgence du Conseil de sécurité national lors de laquelle il a accusé M. Atambaïev d'avoir «bafoué de manière grossière» la Constitution en s'opposant aux forces de l'ordre. Il a appelé les membres du Conseil, parmi lesquels le ministre de l'Intérieur, le procureur général et le chef des services spéciaux, à prendre des «mesures immédiates» visant à maintenir la loi, la paix et la sécurité dans le pays.

«Rester debout jusqu'à la fin»

Pour sa part, M. Atambaïev, qui juge les accusations portées contre lui «absurdes», a annoncé son intention de ne pas se laisser faire, se disant prêt à «rester debout jusqu'à la fin» et à s'opposer à son arrestation. Le peuple kirghiz «ne vivra jamais à genoux, ne sera jamais un troupeau de moutons, ne sera jamais l'esclave du clan dirigeant», a-t-il souligné, dans une adresse diffusée sur la chaîne de télévision dont il est propriétaire

En juin, M. Atambaïev s'était rendu en Russie, pays allié du Kirghizstan, pour être reçu par Vladimir Poutine. Le président russe s'était alors inquiété de possibles troubles, prônant la «stabilité politique» dans un pays théâtre de crises récurrentes. «Malheureusement, le conflit a atteint ces derniers jours un seuil de danger», a averti jeudi le chef du Service de renseignement extérieur russe (SVR), Sergueï Narychkine, cité par l'agence publique RIA-Novosti. L'analyste politique et blogueur vidéo Azim Azimov a déclaré craindre «un conflit civil (...), si les deux parties décident d'aller jusqu'au bout». «C'est l'issue potentielle la plus effrayante», a-t-il prévenu.

(L'essentiel/afp)