Corée du Sud

06 décembre 2019 08:36; Act: 06.12.2019 11:07 Print

Célibataires à vie: le choix de Sud-​​Coréennes

Plus de 4 000 femmes ont rejoint le mouvement féministe «ultra 4B» en Corée du Sud: pas de relations, pas de sexe, pas de mariage et pas d'enfants.

storybild

Illustration.

Sur ce sujet
Une faute?

«Je suis une hétéro qui ne veut plus avoir de relations avec les hommes». Bonnie Lee, une Sud-Coréenne, a choisi de tourner le dos au mariage, au sexe, aux enfants. «J'ai toujours eu le sentiment que pour les femmes le mariage présente plus d'inconvénients que d'avantages», explique la jeune célibataire, qui vit avec son chien, près de Séoul.

Elle n'est pas la seule. Dans la très patriarcale société sud-coréenne, les mariages sont en chute libre. Comme Bonnie Lee, elles sont déjà 4 000 à avoir rejoint le mouvement féministe ultra «4B» ou «4 Nons»: pas de relations, pas de sexe, pas de mariage, pas d'enfants. Et plus de 100 000 à suivre sur YouTube une chaîne dédiée au boycott du mariage et de la maternité.

Traditionnellement, en Corée du Sud, la bonne épouse doit travailler, s'occuper de son époux, de ses enfants et en plus prendre soin de ses beaux-parents vieillissants. «Ce qui importe c'est de savoir si vous êtes capable ou pas de vous occuper du mari et de ses parents», raconte Bonnie Lee, la quarantaine. «Votre vie passée, votre expérience professionnelle n'ont aucune importance».

«Avoir des diplômes est même un point négatif», poursuit cette titulaire de deux masters qui a vu des amies qualifiées être pénalisées au travail après avoir fondé une famille.

«Échapper au corset»

Ce type de difficultés est au cœur du récent film à succès «Kim Ji-young, Born 1982». Basé sur un roman féministe, il raconte l'histoire d'une femme ordinaire, la trentaine, qui jongle entre travail et famille, et qui à chaque étape de sa vie se heurte au sexisme. En Corée du Sud, les hommes consacrent quatre fois moins de temps aux tâches ménagères que leurs épouses. Les différences de salaire entre hommes et femmes sont parmi les plus élevées des pays développés (selon un rapport de l'OCDE de 2017).

Un nombre croissant de femmes a choisi de rejeter les valeurs traditionnelles. Entre 1996 et 2018, le nombre de mariages est passé de 434 900 à 257 600. Il y a dix ans près de 47% des Sud-Coréennes célibataires jamais mariées estimaient le mariage nécessaire, elles ne sont plus que 22,4%.

Le phénomène #Metoo, qui a libéré la parole des femmes, est passé massivement par là. Une série de scandales aussi, dans ce pays où plusieurs personnalités ont été accusées ou condamnées de violences sexuelles ou viol, et où «sextape» et «revenge porn» sur Internet sont un véritable fléau.

Les premières, désignées sous le nom de «molka», sont tournées en caméras cachées placées dans des toilettes ou cabines d'essayage. Les secondes sont des vidéos mises en ligne par des hommes qui montrent leurs ébats sexuels avec leur ex-compagne.

Catastrophe démographique

Persuadée que la plupart des jeunes Sud-Coréens ont regardé ce type de vidéos, Yoon Ji-hye, YouTubeuse de 24 ans, a décidé elle aussi de se passer des hommes. Cela ne lui manque pas, dit-elle: «Il y a d'autres façons de se faire plaisir». Son choix de vie est «à peu près accepté» par sa mère, moins par son père. «Il pense que je vais finir par changer d'avis et que je fais ça car je n'ai pas encore rencontré le bon garçon».

Yoon Ji-hye a rompu aussi avec les stricts critères de beauté requis pour les Sud-Coréennes et adhéré au mouvement «Échapper au corset» - dont une vidéo devenue virale montre des membres détruire leur maquillage. Après avoir longtemps passé «des heures à apprendre les techniques de maquillage», elle a décidé de ne plus se farder et fait couper ses cheveux, rejetant les modèles esthétiques promus par la puissante industrie cosmétique sud-coréenne.

«4B» et «Échappez au corset» sont les formes les plus radicales du féminisme apparues en Corée du Sud, note Shin Gi-wook, sociologue à l'Université de Stanford aux États-Unis. «Le mariage, la maternité, le sexe placent souvent les femmes en position de subordination par rapport aux hommes», reconnaît-il. Mais ce phénomène risque d'accentuer la catastrophe démographique qui se profile dans le pays. Le taux de fertilité est tombé à 0,98 en 2018, bien en deçà des 2,1 nécessaires pour permettre le renouvellement de la population.

(L'essentiel/nxp/afp)

Vous venez de publier un commentaire sur notre site et nous vous en remercions. Les messages sont vérifiés avant publication. Afin de s’assurer de la publication de votre message, vous devez cependant respecter certains points.

«Mon commentaire n’a pas été publié, pourquoi?»

Notre équipe doit traiter plusieurs milliers de commentaires chaque jour. Il peut y avoir un certain délai entre le moment où vous l’envoyez et le moment où notre équipe le valide. Si votre message n’a pas été publié après plus de 72h d’attente, il peut avoir été jugé inapproprié. L’essentiel se réserve le droit de ne pas publier un message sans préavis ni justification. A l’inverse, vous pouvez nous contacter pour supprimer un message que vous avez envoyé.

«Comment s’assurer de la validation de mon message?»

Votre message doit respecter la législation en vigueur et ne pas contenir d’incitation à la haine ou de discrimination, d’insultes, de messages racistes ou haineux, homophobes ou stigmatisants. Vous devez aussi respecter le droit d’auteur et le copyright. Les commentaires doivent être rédigés en français, luxembourgeois, allemand ou anglais, et d’une façon compréhensible par tous. Les messages avec des abus de ponctuation, majuscules ou langages SMS sont interdits. Les messages hors-sujet avec l’article seront également supprimés.

Je ne suis pas d’accord avec votre modération, que dois-je faire?

Dans votre commentaire, toute référence à une décision de modération ou question à l’équipe sera supprimée. De plus, les commentateurs doivent respecter les autres internautes tout comme les journalistes de la rédaction. Tout message agressif ou attaque personnelle envers un membre de la communauté sera donc supprimé. Si malgré tout, vous estimez que votre commentaire a été injustement supprimé, vous pouvez nous contacter sur Facebook ou par mail sur feedback@lessentiel.lu Enfin, si vous estimez qu’un message publié est contraire à cette charte, utilisez le bouton d’alerte associé au message litigieux.

«Ai-je le droit de faire de la promotion pour mes activités ou mes croyances?»

Les liens commerciaux et messages publicitaires seront supprimés des commentaires. L’équipe de modération ne tolérera aucun message de prosélytisme, que ce soit pour un parti politique, une religion ou une croyance. Enfin, ne communiquez pas d’informations personnelles dans vos pseudos ou messages (numéro de téléphone, nom de famille, email etc).

L'espace commentaires a été désactivé
L'espace commentaires des articles de plus de 48 heures a été désactivé en raison du très grand nombre de commentaires que nous devons valider sur des sujets plus récents. Merci de votre compréhension.

Les commentaires les plus populaires

  • madmed le 06.12.2019 09:21 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    le monde me fatigue!! ! moi je vais rejoindre le mouvement ultraforBed. juste dormir dormir dormir. qui sait peut-être que je vais me réveiller dans un monde normal un jour.

  • Pedro57 le 06.12.2019 10:21 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Un choix de vie qui se respecte... Mais en revanche je bondis quand je lis "catastrophe démographique", car la vraie catastrophe démographique, c'est plutôt la surpopulation qui menace le reste du monde

  • Citoyen le 06.12.2019 09:53 Report dénoncer ce commentaire

    Elle ont bien raison, j'aurais du faire pareil! (Je suis un homme divorcé avec 3 enfants à charge!). De plus cela va réduire un peu la surpopulation.

Les derniers commentaires

  • bonsens le 06.12.2019 17:04 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Quand tu vois le comportement des mecs en Corée t’as tout compris

  • realite le 06.12.2019 16:27 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Ça devrait être obligatoire pour certaines personnes

  • Earth Scale le 06.12.2019 15:25 Report dénoncer ce commentaire

    La chute de la démographie est tout sauf une catastrophe.

    • Datze le 06.12.2019 17:15 Report dénoncer ce commentaire

      la demographie coreennes, on ne parle pas de la demographie mondial. Car un petit coup d'oeil vers la japon et leur taux de naissance et plus bas que le taux de mortalite annuel. Pour le japon cela et un gros probleme.

  • cedber le 06.12.2019 14:20 Report dénoncer ce commentaire

    extrême comme choix, mais tout à fait compréhensible. Je pense qu'il faut revoir la notion de couple, reprendre à la base ce que c'est : il faut certainement les encourager à passer tous les 2 à 75%, leur rappeler que le vrai challenge, c'est de surmonter les difficultés à 2, être à l'écoute, faire de son conjoint son/sa meilleure amie, communiquer sur tout

  • stephhf le 06.12.2019 13:40 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Dormir dormir, non et non. Wake-up, va courir, va rouler en vélo , marche et respire. Ça coute rien, ça pollue pas, ça génère de l’endorphine, du bien être, donc de la compassion et de la gentillesse. Alors tu t’intéresseras a ton voisin ou ton prochain. Mets les choses au point, madame a la lessive c’est has been. Stop a la morosité, nous vivons dans un état de droit et libres.