Mexico

01 juin 2019 14:30; Act: 01.06.2019 14:31 Print

Crise migratoire: un Mexique aux deux visages

Alors que le président mexicain avait promis qu'il n'y aurait plus de persécution de migrants, la politique envers ces derniers se durcit.

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La migration des Centraméricains et d'un nombre croissant de Cubains vers le Mexique s'est accélérée au cours des derniers mois.

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Bien qu'il se pose en défenseur des droits de l'homme, le président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador a fait procéder à de nombreuses interpellations de migrants depuis son arrivée au pouvoir, sans pour autant parvenir à satisfaire aux exigences de Donald Trump.

Le président de gauche a tenté vendredi de défendre sa politique migratoire face à l'offensive douanière de son homologue américain lancée en représailles d'une attitude mexicaine jugée trop laxiste. «Nous faisons le boulot» s'est défendu M. Lopez Obrador. «Nous ne restons pas les bras croisés».

A son arrivée à la présidence en décembre dernier, «AMLO» avait annoncé qu'il n'y aurait plus de persécution de migrants, leur promettant du travail, une couverture médicale et l'éducation pour leurs enfants, ainsi que des visas humanitaires. «Lopez Obrador a parlé un peu vite en annonçant un changement de politique migratoire», estime auprès de l'AFP Javier Urbano, chercheur en relations internationales à l'Université Iberoamericana.

De plus en plus de migrants

La migration des Centraméricains et d'un nombre croissant de Cubains vers le Mexique s'est accélérée au cours des derniers mois, débordant les capacités du pays, selon l'expert. La politique migratoire mexicaine s'est alors durcie.

Selon les chiffres officiels, le Mexique a interpellé 510607 migrants, principalement d'Amérique centrale, entre janvier et avril de cette année, soit une augmentation de 17% par rapport à la même période l'an dernier.

«C'est incongru par rapport au discours qui se veut très novateur et progressiste», note Leticia Calderon, experte en migration au centre de recherche Instituto Mora. Mais «sur le terrain la réalité est tout autre».

Ces dernières semaines, des opérations de police sans précédent ont été observées pour interpeller des centaines de migrants qui avançaient en groupe dans le sud du pays ou dans les petits hôtels où ils logeaient.

Les autorités ont aussi modifié les visas humanitaires qu'ils délivraient jusqu'alors, permettant aux migrants de circuler dans tout le pays, pour les limiter aux seuls Etats du sud.

Plusieurs émeutes et des évasions massives, notamment de migrants cubains, ont eu lieu récemment dans des centres de rétention de l'Etat du Chiapas.

Pression américaine

Ce flux de migrants, formant parfois des «caravanes» de plusieurs milliers de personnes, a déclenché les foudres de Donald Trump, qui y voit une «menace pour la sécurité nationale».

«Nous subissons beaucoup de la pression (américaine) et n'en déplaise au gouvernement mexicain, notre politique sécuritaire est en phase avec celle du gouvernement des Etats-Unis», considère Javier Urbano.

L'expert relève que la tentative du gouvernement de maîtriser les flux de migrants en procédant à des arrestations se heurte à ses capacités limitées pour prendre en charge et rapatrier ces personnes dans leur pays d'origine.

Même si M. Lopez Obrador parvient à répondre rapidement aux exigences de M. Trump, le sujet restera selon lui sur la table dans le contexte électoral américain. Le président Trump «cherche à être réélu et ce sujet est très important pour sa base électorale conservatrice», relève Javier Urbano.

Dans la lettre adressée jeudi par Andres Manuel Lopez Obrador après l'annonce des taxes décidées par Donald Trump, il a proposé «d'approfondir le dialogue, de rechercher des alternatives au problème de l'immigration».

Nouveau «plan Marshall»

Le gouvernement mexicain voudrait convaincre les Etats-Unis de financer un vaste plan d'investissement au Guatemala, au Honduras et au Salvador, d'environ 10 milliards de dollars par an.

En mai, «AMLO» avait annoncé qu'il ne voulait plus de l'assistance des Etats-Unis en matière de sécurité, préférant que cet argent serve à des investissements économiques dans son pays et en Amérique centrale.

Les spécialistes ont salué l'idée d'un «plan Marshall», mais s'interrogent sur ses modalités et le rôle que joueront les pays d'Amérique centrale dans sa mise en oeuvre. Au milieu de cette nouvelle phase de tension entre les deux voisins - qui partagent une frontière d'environ 3100 km - , Donald Trump a accusé le Mexique de ne rien faire contre le narcotrafic et avancé vendredi le chiffre de 80 000 personnes décédées aux Etats-Unis en 2018 du fait des drogues.

De l'autre côté de la frontière, Andres Manuel Lopez Obrador a annoncé, il y a à peine quatre mois, qu'«officiellement, il n'y a pas de guerre» contre le narcotrafic après avoir évoqué durant sa campagne une possible amnistie pour les petites mains des cartels, proposition qui avait déclenché une vive polémique au Mexique.

Le président mexicain a toutefois lancé la création d'une Garde nationale, dirigée par un militaire, qui pourrait compter 150 000 hommes d'ici 2024, et sera chargée de ramener la paix dans le pays.

(L'essentiel/afp)