Incendie à Kyoto

19 juillet 2019 18:54; Act: 19.07.2019 19:03 Print

«Des joyaux japonais perdus, ça brise le cœur»

Au lendemain de l'incendie criminel d'un studio d'animation à Kyoto, qui a fait au moins 33 morts, la police tente de cerner la personnalité du suspect.

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La police japonaise enquêtait vendredi pour tenter d'élucider le mobile du suspect après l'incendie d'un studio d'animation qui a fait 33 morts jeudi à Kyoto. Voici ce que l'on sait sur cette tragédie, l'une des plus meurtrières survenues dans l'archipel au cours des dernières décennies:

Que s'est-il passé?

La journée de jeudi commençait à peine pour les quelques 70 salariés de ce studio de la société Kyoto Animation quand un homme a fait irruption, répandant du carburant avant de l'enflammer en criant «Vous allez mourir» selon des témoignages. L'incendie s'est rapidement propagé dans l'immeuble de deux étages, embrasant la cage d'escalier et prenant au piège de nombreuses victimes qui tentaient de rejoindre le toit-terrasse.

Les pompiers ont reçu les premiers appels aux alentours de 10h30 heure locale, des riverains parlant d'explosions. Il leur a fallu plusieurs heures, avec l'aide de plus de 35 véhicules, pour éteindre le feu et pouvoir accéder à l'intérieur, où ils ont découvert les corps.

Qui sont les victimes?

La plupart des 33 victimes sont des salariés de la société Kyoto Animation, très connue dans le monde de l'animation. Selon la police, 12 des victimes étaient des hommes, 20 des femmes. Une n'a pu être identifiée. Leur âge n'était pas connu dans l'immédiat mais, selon des voisins, les employés de la compagnie étaient pour beaucoup de jeunes gens.

«Ce sont ces personnes qui portent l'industrie de l'animation japonaise sur leurs épaules», a rendu hommage le président de Kyoto Animation, Hideaki Hatta, devant la presse. «Ça brise le cœur. Des joyaux japonais ont été perdus».

Qui est le suspect?

D'après les premiers éléments de l'enquête rapportés par les médias, le suspect est un homme de 41 ans, domicilié à Saitama, au nord de Tokyo, selon son permis de conduire. Il a dans un premier temps avoué mais il a ensuite perdu conscience, souffrant de graves blessures, et se trouve actuellement hospitalisé sous surveillance policière, d'après des informations de presse.

Son mobile reste flou à ce stade. Il n'avait apparemment pas de lien avec la société Kyoto Animation mais des médias rapportent qu'il a accusé le studio de plagiat, mais ces propos restent très ambigus.

Qu'est-ce que Kyoto Animation?

Kyoto Animation produit des dessins animés, conçoit et vend des produits dérivés de ses séries souvent tirées de manga, dont «Munto», «Lucky Star», «la Mélancolie de Haruhi Suzumiya» ou encore «K-On!» et le long-métrage «A Silent Voice». Cette compagnie fondée en 1981, dont le siège est situé dans la ville d'Uji, non loin de Kyoto, gère une école d'animation et deux immeubles de studios (dont celui qui a été incendié). Elle emploie au total près de 160 personnes.

La bande-annonce du très émouvant «A Silent Voice»:

Si de nombreux studios sont basés à Tokyo, la société, connue par ses fans sous le nom de KyoAni et ses conditions de travail meilleures qu'ailleurs, était attachée au raffinement de sa production et à son implantation dans l'ancienne capitale impériale du Japon, Kyoto. Ses graphismes élaborés étaient salués par ses admirateurs, qui parlaient même de «qualité KyoAni», et deux hashtags de soutien ont rapidement été créés pour Twitter: #KyoAniStrong et #PrayForKyoAni.

Quels précédents?

Les tueries de masse sont rares au Japon, qui dispose d'une législation de contrôle des armes très stricte et d'un taux de criminalité relativement faible. Mais l'archipel est parfois le théâtre de déchaînements de violence aveugle. Avant le drame de Kyoto, d'autres incendies meurtriers ont endeuillé le pays, comme en septembre 2008 à Osaka quand 16 personnes avaient été tuées dans le feu d'un magasin de location de vidéos. L'incendiaire reconnu coupable a été condamné à la peine capitale en décembre 2009 et se trouve dans le couloir de la mort.

En 2001, un incendie consécutif à une explosion avait dévasté un immeuble à Tokyo abritant des salles de jeux: 44 personnes avaient péri. L'origine était très probablement criminelle selon la police, mais l'enquête toujours en cours. Du côté des autres attaques marquantes, un jeune homme avait tué en juillet 2016 à l'arme blanche 19 personnes dans un centre pour handicapés mentaux en banlieue de Tokyo.

(L'essentiel/afp)