Aviation

14 mars 2019 07:26; Act: 14.03.2019 09:28 Print

Des pilotes de 737 MAX évoquent des incidents

Une base de données anonymes recense divers incident survenus lors de vols avec le Boeing 737 MAX, impliqué dans un crash, dimanche.

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Après l'accident de Lion Air, mais avant celui d'Ethiopian, des pilotes américains avaient témoigné, sur une base de données anonyme, d'incidents graves rencontrés aux commandes du Boeing 737 MAX 8, des récits qui alimentent le malaise autour de cet avion désormais cloué au sol partout dans le monde.

Selon ces documents publics que l'AFP a pu consulter, au moins quatre pilotes ou copilotes ont fait part en octobre et en novembre de problèmes impliquant le système de stabilisation en vol destiné à éviter un décrochage de l'avion, le «MCAS» (Maneuvering Characteristics Augmentation System). Celui-là même qui est mis en cause dans l'accident d'un 737 MAX 8 de la compagnie indonésienne Lion Air fin octobre et qui pourrait être impliqué dans celui d'Ethiopian Airlines survenu dimanche en Éthiopie.

«Nous ne sommes pas au courant»

Interrogée par l'AFP, l'Agence fédérale de l'aviation (FAA) américaine s'est refusée à faire des «commentaires sur des rapports» de cette base de données (ASRS). «Nous ne sommes pas au courant de rapports spécifiques et vérifiés sur des problèmes rencontrés avec le MCAS», a en outre affirmé une porte-parole. Dans un signalement daté de novembre 2018, c'est-à-dire après la tragédie de Lion Air qui a fait 189 morts, le copilote d'un 737 MAX 8 décrit un incident peu après le décollage.

Quand l'avion a atteint la vitesse appropriée, «le commandant de bord a activé le "A", le pilotage automatique. En deux ou trois secondes, l'avion s'est mis à piquer du nez», écrit-il. «J'ai crié "descente" juste avant que le GPWS (Ground proximity warning system, système d'avertisseur de proximité du sol) ne retentisse» dans le cockpit, a-t-il ajouté. «Le commandant de bord a immédiatement déconnecté le pilotage automatique et redressé l'avion».

Le copilote confie avoir repassé «dans sa tête» le début du vol. «Mais je n'ai pas pu trouver une raison expliquant que l'avion ait piqué du nez de manière si abrupte», a-t-il souligné. Le copilote précise qu'avant le vol, il avait «discuté des consignes récentes reçues sur le MCAS du MAX 8». Les scénarios de l'accident survenu dimanche sur un 737 MAX 8 de la compagnie Ethiopian Airlines, qui a fait 157 morts, sont pour l'heure inconnus. Les boîtes noires contenant les précieuses données du vol et les conversations des pilotes n'ayant pas encore été décryptées.

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L'accident de Lion Air avait braqué les projecteurs sur les sondes d'angle d'attaque (AOA) reliées au système de stabilisation de l'avion (MCAS). Un dysfonctionnement de ces dispositifs peut mettre l'appareil en «piqué» en raison d'une appréciation erronée que l'avion est en décrochage. Comme dans le cas de Lion Air, la catastrophe d'Ethiopian Airlines s'est produite peu après le décollage.

Dans un autre signalement enregistré sur la base de données de la Nasa, un commandant de bord explique qu'il a, lui aussi, été confronté à son MAX piquant du nez. «Je savais que nous volions sur un MAX. J'ai briefé l'équipage sur nos inquiétudes sur les problèmes rencontrés sur le MAX» après l'accident de Lion Air, relate-t-il. «J'ai mentionné que j'engagerais le pilotage automatique plus tôt que d'habitude pour écarter une potentielle menace venant du MCAS», raconte-t-il, ajoutant qu'il avait redoublé de précautions. Une attitude qui lui a permis de peut-être éviter un incident grave.

«Inquiétudes sur la sécurité»

Les signalements envoyés sur cette base de données sont transmis directement à la Nasa, «qui sert de tierce partie neutre», a expliqué une source proche des autorités américaines de sécurité aérienne. «Le but est de récolter des inquiétudes sur la sécurité indépendamment du fait que les incidents puissent être étayés par des données», a-t-elle ajouté.

La FAA est censée analyser ces signalements à côté de ceux officiels qu'elle reçoit des compagnies aériennes. Les fédérations de pilotes n'étaient pas immédiatement joignables pour savoir si des rapports ont été officiellement transmis aux compagnies, puis aux autorités, comme c'est habituellement l'usage.

(L'essentiel/afp)