Moyen-Orient

08 mars 2021 07:59; Act: 08.03.2021 08:58 Print

Dix ans de guerre en Syrie et pas de paix en vue

Après une décennie d’une violence inouïe, les combats ont baissé en intensité mais les plaies restent grandes ouvertes et la paix lointaine.

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Dix ans plus tard et après une victoire à la Pyrrhus, Bachar al-Assad, 55 ans, est toujours là. (photo: AFP)

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Pourtant en 2011, le régime de Bachar al-Assad semblait en passe de s’écrouler, emporté par la vague du Printemps arabe qui a fait vaciller des dictatures arabes au pouvoir depuis des décennies. Dix ans plus tard et après une victoire à la Pyrrhus, Bachar al-Assad, 55 ans, est toujours là. Mais à la tête d’un pays en ruines, exerçant une souveraineté limitée sur un territoire dépecé par des puissances étrangères, sans aucune perspective immédiate de reconstruction ou de réconciliation.

Déclenché en décembre 2010 en Tunisie, le Printemps arabe se propage en Égypte et Libye avant de contaminer en mars 2011 la Syrie, où le régime semblait plus enraciné qu’ailleurs dans le monde arabe et où les manifestations étaient bannies depuis un demi-siècle. Les premiers rassemblements, limités, en Syrie avaient pour objectif affiché de soutenir les soulèvements ailleurs.

«On appelait à la liberté et à la démocratie en Tunisie, en Égypte et en Libye, mais nos slogans étaient (en fait) pour la Syrie», raconte le militant Mazen Darwiche, 47 ans, dans un entretien téléphonique avec l’AFP depuis son exil à Paris. «Nous étions obnubilés par l’idée de trouver cette étincelle qui ferait venir notre tour. Qui allait être le Bouazizi syrien?» Ce jeune vendeur ambulant qui s’est immolé par le feu a été l’étincelle de la révolte tunisienne.

Les jeunes Syriens arrêtés et torturés

En Syrie, c’est un groupe de jeunes de Deraa (sud) qui met le feu aux poudres, avec un tag au mur de leur école: «Ton tour est arrivé docteur». Une allusion à Bachar al-Assad, ophtalmologue de formation, à qui ils souhaitent un sort semblable à celui du Tunisien Zine el-Abidine Ben Ali, forcé à l’exil, ou du Libyen Mouammar Kadhafi, lynché par des rebelles.

Les jeunes Syriens sont alors arrêtés et torturés. Ce qui provoque l’indignation et entraîne les premières manifestations d’envergure. Le 15 mars 2011, la mobilisation se propage dans tout le pays avec des rassemblements simultanés. «Le grand mur de la peur s’est fissuré, le silence a volé en éclats. Dès les premiers moments, la confrontation était existentielle, pour toutes les parties», écrit la journaliste et écrivaine Rania Abouzeid, dans son livre «Pas de retour en arrière». Mais à quel prix?

En une décennie, près de 400 000 personnes ont péri, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), basé en Grande-Bretagne et qui poursuit inlassablement un travail de documentation. La plupart des 117 000 victimes civiles ont été tuées par le régime.

La moitié de la population poussée à la fuite

La férocité de la répression a surpris même ses opposants les plus déterminés. «Je ne pensais pas qu’il atteindrait un tel niveau de violence», reconnaît Mazen Darwiche, arrêté en 2012, emprisonné plus de trois ans et torturé. «Mais je me suis trompé».

La moitié de la population d’avant-guerre - 22 millions d’habitants - a été poussée à la fuite, le plus vaste déplacement causé par un conflit depuis la Seconde Guerre mondiale. Une partie de ces Syriens vivent dans des camps miséreux en Syrie. D’autres, plus de 5 millions, choisissent l’exil, bravant parfois les périls d’une traversée en Méditerranée. Se pressant aux portes d’une Europe qui rechigne à les accueillir, les réfugiés influencent le débat politique dans plusieurs pays.

Faisant fi des condamnations internationales, le pouvoir a eu recours aux armes chimiques pour annihiler des poches de résistance, largué des barils d’explosifs sur des quartiers résidentiels et utilisé des tactiques moyenâgeuses de sièges contre les bastions rebelles.

L'expansion du groupe État islamique

Les bombardements aériens n’ont épargné ni hôpitaux ni écoles. Des quartiers entiers d’Alep, ancien poumon économique et industriel du pays, ont été rasés. Tout comme sa vieille ville et ses souks historiques, classés au patrimoine mondial de l’Unesco.

Le chaos va permettre l’expansion fulgurante d’une des organisations les plus sanglantes de l’histoire du jihadisme moderne, le groupe État islamique, qui proclame en 2014 un «califat» sur les terres conquises à cheval sur la Syrie et l’Irak.

La répression dans le sang des manifestations pacifiques, l’expansion des jihadistes -catalysée par la libération massive par le régime syrien de détenus affiliés à Al-Qaïda- ont militarisé le soulèvement, devenu complexe avec l’implication de plusieurs acteurs étrangers.

Un régime aux abois

La violence inouïe de l’EI et sa capacité à attirer des combattants d’Europe ont instillé la peur chez les Occidentaux, remplaçant l’enthousiasme prudent des débuts en faveur du soulèvement syrien.

L’attention internationale se tourne vers la lutte antijihadiste, aux dépens des rebelles combattant les forces d’Assad. Pour défendre leurs intérêts respectifs, Washington et Téhéran dépêchent des militaires en Syrie. Tout comme la Turquie, ou encore la Russie qui lance en 2015 l’opération militaire la plus ambitieuse depuis l’effondrement de l’Union soviétique, pour remettre en selle un régime aux abois.

Un tournant majeur dans le conflit reste la volte-face du président américain Barack Obama en 2013, quand il renonce à la dernière minute à des frappes, espérées par de nombreux Syriens, pour faire respecter sa «ligne rouge», après une attaque chimique sanglante imputée au pouvoir syrien.

De vastes régions échappent au régime

Avec l’appui crucial de l’aviation russe et les renforts massifs des milices déployées par l’Iran, les prorégime mènent une politique de la terre brûlée. Siège après siège, chaque ville et chaque bastion rebelle finissent par tomber, transformés en champs de ruines. Certains font le parallèle avec le bombardement de Dresde en 1945.

Aujourd’hui le régime contrôle environ deux-tiers du territoire, dont les principales métropoles. Mais de vastes régions lui échappent encore. Au fil des défaites, jihadistes et rebelles ont été transférés vers la région d’Idleb (nord-ouest), leur dernier grand bastion, où près de trois millions de personnes vivent sous la coupe des jihadistes de Hayat Tahrir al-Cham, ex-branche syrienne d’Al-Qaïda. Une trêve avec le régime, globalement respectée, est en place à Idleb depuis mars 2019.

Et une nouvelle offensive du régime semble improbable. Car elle risquerait de provoquer une confrontation directe entre Moscou et Ankara, devenus acteurs majeurs du conflit. Voisine de la Syrie, la Turquie déploie 15 000 soldats dans le nord syrien où elle soutient des groupes rebelles.

(L'essentiel/afp)

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Les commentaires les plus populaires

  • le canard enchaîné le 08.03.2021 09:15 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Cest plus facile de tuer que de guérir les maladies covid 19 par exemple chaines infos chaque jour guerre en Syrie depuis un an environ covid

  • Unicorn le 08.03.2021 16:13 Report dénoncer ce commentaire

    Et tout cela pour une affaire de tracé de pipeline, celui voulu par l'Empire Russe-Iran-Chine et celui voulu par l'Empire US-UK-UE

  • détail le 08.03.2021 08:08 Report dénoncer ce commentaire

    Plusieurs millions de syriens sont rentrés au pays, les forces occupantes sont les USA et la Turquie, bafouant le droit international. Daech a été armé par les démocraties occidentales.

Les derniers commentaires

  • Palamunitan le 08.03.2021 17:15 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    @Frontex: Asselborn cherche les nouveaux „Luxembourgeois“. Il faut encore resoudre le probleme des chameaux.

  • le canard enchaîné le 08.03.2021 17:12 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Paix et sécurité sera le début de la destruction de Babylone la grande l'empire mondial de la fausse religion

  • Unicorn le 08.03.2021 16:13 Report dénoncer ce commentaire

    Et tout cela pour une affaire de tracé de pipeline, celui voulu par l'Empire Russe-Iran-Chine et celui voulu par l'Empire US-UK-UE

  • LEONIDAS le 08.03.2021 11:57 Report dénoncer ce commentaire

    La paix sera rétablie de que les USA, les anglais et l'UE ne se mêlent plus dans les affaires internes de la Syrie !!

  • le canard enchaîné le 08.03.2021 09:15 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Cest plus facile de tuer que de guérir les maladies covid 19 par exemple chaines infos chaque jour guerre en Syrie depuis un an environ covid

    • Unicorn le 08.03.2021 16:15 Report dénoncer ce commentaire

      pas de confinement en Syrie, les hôpitaux dans les zones de conflits n'étaient apparemment jamais débordé, quelques égratignures, je présume...