Golfe de Guinée (Nigeria)

09 novembre 2019 13:46; Act: 09.11.2019 13:51 Print

Enlèvements et attaques, les pirates font la loi

Les attaques de porte-conteneurs ou les kidnappings d'équipages de tankers sont devenus courants dans les eaux territoriales du Nigeria, parmi les plus dangereuses au monde.

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Un hors-bord, abritant une petite dizaine d'agents des forces spéciales de la marine nigériane, fend les vagues du Golfe de Guinée à toute allure en direction d'un navire suspect. Des marins en veste noire grimpent sur le pont à l'aide d'une corde, armes à la main, et partent à la recherche de pirates soupçonnés d'avoir pris l'équipage en otage.

Si cette fois, il s'agit d'un exercice coordonné des marines nigériane et française, les attaques de porte-conteneurs ou les kidnappings d'équipages de tankers sont devenus courants dans les eaux territoriales du Nigeria, la première puissance pétrolière du continent africain.

L'une des régions maritimes les plus dangereuses au monde

Le golfe de Guinée, qui s'étend sur quelques 6 000 kilomètres de côtes, de l'Angola au sud du Sénégal, est devenu ces dernières années l'une des régions maritimes les plus dangereuses au monde, loin devant les côtes somaliennes du golfe d'Aden.

Sur les neuf premiers mois de l'année, le Bureau international maritime, instance internationale de sécurité en mer, y a recensé 82% des enlèvements d'équipages dans le monde. Début novembre, quelques jours à peine après les exercices de la marine, 13 marins ont été enlevés dans deux attaques contre des tankers au large de Cotonou (Bénin) et de Lomé (Togo), voisins du Nigeria.

Mais malgré l'insécurité latente, les marines de la région s'accordent à dire que le rythme des attaques a baissé depuis 2018, grâce à une meilleure coopération entre les pays concernés et davantage de moyens financiers et humains.

Une criminalité née de la pauvreté

Le problème de criminalité est né dans les années 70, dans le delta du Niger (sud-est du Nigeria), le cœur de l'exploitation pétrolière du pays. Les populations ont vu, pendant des décennies, des centaines de millions de barils passer sous leurs yeux pour enrichir les élites et le reste du pays alors qu'elles vivaient dans une pauvreté écrasante.

Beaucoup se sont tournées vers les activités criminelles, du raffinage clandestin, aux attaques de bateaux, pêche illégale ou enlèvements d'équipages. En effet, les pirates sont originaires de ces régions marécageuses où les communautés vivaient traditionnellement de la pêche et connaissaient la mer, avant que le pétrole ne vienne polluer les eaux et tuer leur unique source de revenus.

La piraterie, une source d'argent pour le pays

La marine nigériane n'a pas particulièrement intérêt à mettre fin à l'insécurité, puisque les compagnies internationales doivent payer ses services pour escorter ou faire des rondes sur les navires de marchandises. «Il y a un risque que ce ne soit pas très encourageant pour lutter contre la piraterie», confie à l'AFP Jakob Larsen, à la tête du département de sécurité de Bimco, la plus grande compagnie de transport maritime international.

«Ça ne serait pas très bon pour les affaires» de l'armée. Mais le gouvernement de Muhammadu Buhari paraît désormais déterminé à rétablir l'ordre dans son espace maritime assure-t-il.

(L'essentiel/afp)