Diplomatie

23 septembre 2021 07:18; Act: 23.09.2021 12:20 Print

Faut-​​il reconnaître le gouvernement taliban?

L’Assemblée générale annuelle de l’ONU oblige la communauté internationale à s’interroger sur la pertinence de reconnaître le régime des talibans en Afghanistan.

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Les talibans eux-mêmes n’avaient pas imaginé prendre le pouvoir aussi vite et certaines fonctions centrales de l’État afghan n’ont pas pleinement redémarré. (photo: AFP)

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La question se pose, plus ou moins officiellement, depuis le 15 août dernier mais elle a pris cette semaine un écho supplémentaire: la communauté internationale s’interroge sur la pertinence de reconnaître le régime des talibans en Afghanistan. Faut-il les intégrer dans les grandes organisations internationales pour les obliger à évoluer? Convient-il au contraire de négocier une normalisation progressive et un déblocage des verrous financiers, contre des actes politiques forts?

Le débat a éclaté en pleine lumière lors de l’Assemblée générale des Nations unies qui se tient jusqu’à lundi, à New York. Les talibans ont demandé à s’y exprimer au nom de l’Afghanistan. Mais l’ambassadeur de l’ancien gouvernement déchu revendique de représenter son pays.

«Pas le cadre approprié»

Un «show» des talibans «n’apporterait rien», a déclaré mercredi, le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas. «L’Assemblée générale des Nations unies n’est pas le cadre approprié pour cela», a-t-il estimé. «Il faut parler avec les talibans. Il y a pour cela de multiples canaux qui ont été mis en place, ces dernières semaines». L’ONU ne devrait pas trancher immédiatement.

«À un moment donné, les talibans vont devoir faire un choix entre argent et normalisation, ou isolement absolu», résumait la semaine passée, un diplomate européen, sous couvert de l’anonymat. «On est comme Saint-Thomas. On regarde si ça marche. Aujourd’hui, ça ne marche pas».

Même les alliés objectifs les plus proches des talibans retardent leur réponse. «Personne n’est pressé de reconnaître» les talibans, a ainsi estimé le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Shah Mahmood Qureshi. «Ils doivent être plus sensibles et plus réceptifs à l’opinion internationale».

«Personne n’est pressé»

Le Qatar, intermédiaire majeur entre les nouveaux maîtres de Kaboul et l’Occident, tient un discours semblable. Quant à la Chine, elle conserve pour l’heure un positionnement prudent mais aurait bien des intérêts à désigner des interlocuteurs légitimes et officiels à Kaboul.

«Même si Pékin ne parvient pas à faire confiance aux talibans, il ne devrait pas attendre beaucoup plus longtemps avant de les reconnaître officiellement», écrivait début septembre, Derek Grossman, spécialiste de défense pour la Rand Corporation à Washington, estimant notamment que cela «contribuerait à l’idée que c’est Pékin et non plus Washington qui dessine le futur ordre régional».

En attendant, personne ne fait le premier pas. Markus Kaim de l’Institut allemand pour les affaires internationales et de sécurité (SWP), rappelle que l’Ouest n’a pourtant guère le choix, après avoir perdu en Afghanistan son statut de puissance hégémonique dans un départ désastreux. «Dans une telle situation, les conditions politiques ne peuvent être dictées», estime le chercheur. Les déclarations des chancelleries sur les leviers encore à leur disposition «camouflent leur absence de pouvoir et perpétuent l’hubris impérial qui fait partie du problème en Afghanistan».

(L'essentiel/AFPE)