Procès au Japon

08 janvier 2020 08:23; Act: 08.01.2020 10:54 Print

Il a poignardé et tué 19 handicapés mentaux

Le procès d'un Japonais jugé pour le meurtre de 19 handicapés mentaux en 2016 s'est ouvert mercredi, à Yokohama, mais l'audience a été écourtée en raison de l'agitation de l'accusé.

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Le procès d'un Japonais jugé pour le meurtre de 19 handicapés mentaux en 2016, une tuerie qui avait traumatisé le pays, s'est ouvert mercredi à Yokohama (ouest de Tokyo), mais l'audience a été écourtée en raison de l'agitation de l'accusé. D'entrée de jeu, Satoshi Uematsu, aujourd'hui âgé de 29 ans, a reconnu les faits à la barre. Ses avocats ont toutefois plaidé ensuite qu'il ne pouvait être déclaré pénalement responsable en raison de ses troubles psychiatriques à l'époque.

«Il était dans un état où il n'était pas capable d'être responsable, ou cette capacité était significativement amoindrie», notamment parce qu'il était sous l'emprise de stupéfiants au moment des faits, a soutenu l'un de ses avocats. Puis l'accusé, costume bleu marine et cheveux très longs réunis en queue de cheval, s'est mis à gesticuler violemment, a constaté une journaliste de l'AFP sur place.

Il aurait tenté d'introduire quelque chose dans sa bouche, poussant les gardiens à intervenir pour le maîtriser et la cour à interrompre l'audience. Celle-ci a repris en début d'après-midi, mais sans l'accusé, pour des raisons encore non expliquées. La séance a fini par être clôturée avec deux heures d'avance.

«Inhumain»

Le 26 juillet 2016, Satoshi Uematsu s'était introduit en pleine nuit dans un centre pour handicapés mentaux à Sagamihara, dans la banlieue ouest de Tokyo, lieu où il avait auparavant travaillé. Il était passé de chambre en chambre pour poignarder les résidents, laissant 19 morts et 26 blessés, dont la moitié grièvement. Il s'était ensuite rendu à un commissariat, avec ses couteaux ensanglantés sur lui, pour avouer son crime.

Jugé pour six chefs d'accusation, dont celui d'homicide volontaire, il encourt jusqu'à la peine de mort. Le verdict est attendu le 16 mars. Ce qu'il a commis est «inhumain et il n'y a pas de place pour la clémence», a insisté mercredi une procureure, entendant démontrer au tribunal que l'accusé était en possession de ses moyens au moment des faits et donc pénalement responsable.

«J'ai fait de mon mieux»

La tuerie de Sagamihara, une des pires de l'histoire récente du Japon, avait horrifié le pays, où le taux de criminalité est extrêmement faible. L'opinion publique avait aussi été choquée par les motivations de Satoshi Uematsu, liées à sa haine déclarée des handicapés mentaux, et par son absence de remords revendiquée.

Les handicapés mentaux «n'ont pas d'âme» et leur vie n'a «aucun sens», avait-il ainsi déclaré dans un entretien accordé en prison au journal Mainichi Shimbun. «Je devais le faire pour le bien de la société», avait-il déclaré au sujet du massacre, dont il tirait même une sorte de fierté: «J'ai fait de mon mieux», a-t-il lancé dans un autre entretien glaçant à l'agence de presse Jiji.

«Je veux savoir pourquoi»

Des centaines de personnes s'étaient déplacées mercredi devant le tribunal pour tenter d'assister à son procès, malgré le peu de places réservées au public dans la salle d'audience. «Je veux savoir pourquoi il avait un tel avis sur les personnes handicapées», a déclaré à l'AFP Yuki Kuriyama, un homme de 41 ans se déplaçant en fauteuil roulant. «Ce qui m'inquiète, c'est qu'il n'y a pas qu'un seul homme qui pense comme cela, il y a d'autres gens dans toute la société qui apparemment partagent ses idées», a-t-il souligné.

De fait, beaucoup des noms des victimes de la tuerie de Sagamihara avaient été tus par leurs familles, redoutant de devoir subir des attaques similaires ou d'être discriminées. Avant son passage à l'acte, Satoshi Uematsu avait déjà crié sa haine des handicapés et menacé de commettre un massacre.

«Que du malheur»

Il avait notamment écrit une lettre à la Chambre basse du Parlement japonais, dans laquelle il menaçait de tuer des centaines de personnes handicapées, en citant nommément comme cibles le centre de Sagamihara ainsi qu'un autre établissement. Dans cette lettre décousue, il plaidait aussi pour autoriser l'euthanasie des personnes sévèrement handicapées car «les personnes handicapées n'apportent que du malheur».

Il avait quitté son emploi au centre de Sagamihara, quelques mois avant son attaque. Hospitalisé de force après avoir raconté à des collègues qu'il comptait y faire un carnage, il avait toutefois été rapidement libéré, un médecin ne l'ayant pas jugé dangereux.

(L'essentiel/afp)