Crise au Venezuela

11 février 2019 10:44; Act: 11.02.2019 14:56 Print

Ils fuient leur pays pour «gratter» la coca

Des milliers de migrants vénézuéliens en sont réduits à survivre l'autre côté de la frontière en Colombie comme «gratteurs» de coca.

Sur ce sujet
Une faute?

En arrachant les premières feuilles, ils sentent leurs mains enfler, se couvrir d'ampoules. Les Vénézuéliens n'auraient jamais imaginé qu'en fuyant leur pays en crise, ils échoueraient dans les plantations de coca de Colombie. Des milliers de migrants de l'ancienne puissance pétrolière en sont réduits à survivre comme «raspachines» («gratteurs» de coca), sous le joug des strictes règles régissant les territoires des narco-plantations.

Ouvriers, chauffeurs de taxi, pêcheurs, vendeurs sont devenus cueilleurs de la matière première de la cocaïne, activité illégale dont jusque-là ils avaient à peine entendu parler, et qui les mine physiquement, moralement.

Le pire c'est les mains, selon Eduar, en retirant les bandes de tissu rouge qui lui servent de gants: ses paumes et ses doigts sont martyrisés. «Quand on saisit l'arbuste, (les ampoules) saignent. Ça fait peur et on veut pas y retourner». Il y a 2 ans, ce jeune père de 23 ans, a migré de Guarico, au Venezuela. Il y travaillait comme moto-taxi jusqu'au jour où l'hyperinflation a consumé les derniers billets qu'il «gardait dans un pot».

Il a franchi la frontière jusqu'au Catatumbo, dans le département Norte de Santander. D'abord, il a gagné sa vie comme maçon. Le travail était dur mais pas aussi épuisant et douloureux que les journées de dix heures dans les champs, sous un soleil de plomb ou des orages de grêle comme il n'en n'avait jamais vus.

Entre culpabilité et douleur

Eduar recommence à gratter les tiges pour en ôter les feuilles. Il n'a aux pieds que des chaussettes élimées. Il sue à grosses gouttes, sous un chapeau de fibre d'agave qui lui donne une allure d'épouvantail.

Comme «raspachin», il gagne l'équivalent de 144 dollars par semaine, le triple de son salaire de maçon. Durant des décennies, des Colombiens venaient de tout le pays pour faire ce travail qu'acceptent aujourd'hui les migrants.

Des groupes armés se disputent le contrôle du Catatumbo qui, selon des chiffres de 2017, concentre 16,5% des plantations de coca de la Colombie, premier producteur mondial de cocaïne. Dans cette région riche en pétrole et en charbon, le conflit, qui déchire le pays depuis plus d'un demi-siècle, a fait couler des fleuves de sang. Eduar et les autres Vénézuéliens l'ignoraient.

Naikelly Delgado, 36 ans, ancienne ouvrière dans l'industrie pétrochimique, a également fui le Venezuela et ses pénuries de produits de première nécessité. Arrivée en 2016 au village de Pacelli, elle allait faire la cuisine dans une ferme. Mais elle a appris qu'elle gagnerait beaucoup plus en ramassant la coca. À la fin de la première journée, elle n'avait même plus assez de forces pour laver son linge. Les mains «se couvrent de mycoses; la peau se décolore», dit-elle, se souvenant s'être sentie coupable de «contribuer à faire le mal».

Ressentiment envers Maduro

Au Venezuela, Endy Fernandez vendait des produits laitiers, puis a travaillé comme maçon avant de franchir la frontière en 2017. Il a marché 16 heures jusqu'à Pacelli, attiré par les rumeurs. «J'ignorais à quoi ressemblait un arbuste» de coca, déclare cet homme de 36 ans. Il a reçu un sac à s'attacher à la taille et des chiffons pour se protéger les doigts. Et le supplice a commencé.

Avec les maux physiques et le chagrin d'être séparés de leurs familles, le ressentiment des «raspachines» vénézuéliens envers le gouvernement de leur pays s'accroît. Bien que ces «cocaleros» (ramasseurs de coca) admettent avoir soutenu le chavisme par le passé, ils ne pensent maintenant qu'à ce que le président Nicolas Maduro «parte de n'importe quelle manière».

«Cela me remplit de haine car on n'aurait pas eu à quitter le pays, la famille, s'ils ne l'avaient pas mené à la faillite (...) On est désespérés. Qu'il se passe quelque chose, que le pays se récupère ou qu'il y ait un coup d'Etat», lâche Endy Fernandez. Il reste parfois trois mois sans nouvelles des siens quand les fortes pluies coupent les communications.

L'expulsion ou la mort

Village de 3 200 habitants, Pacelli a reçu près d'un millier de migrants vénézuéliens depuis 2016, selon le leader communautaire Gerson Villamizar. La majorité a travaillé dans les narco-plantations, prenant au fil du temps la place des ouvriers colombiens. «En général, les Vénézuéliens travaillent et envoient l'argent (...) Donc l'argent ne circule pas et cela a un impact négatif, surtout pour les commerçants», déplore-t-il.

Les migrants sont assujettis à des règles, qui interdisent la prostitution, la consommation de drogues et le port d'armes. Ils doivent s'enregistrer et présenter une lettre de recommandation de Colombiens pour travailler, y compris au ramassage de la coca. Une centaine d'entre eux ont été expulsés pour vol, tentative de meurtre ou usage de stupéfiants. Selon M. Villamizar, les faire partir était la seule solution pour éviter que les groupes armés les tuent. Les Vénézuéliens se résignent, faute d'avoir le choix. «On est content d'avoir trouvé ça, les narco-plantations. Sinon que ferait-on?», lâche Endy Fernandez.

(L'essentiel/afp)

Vous venez de publier un commentaire sur notre site et nous vous en remercions. Les messages sont vérifiés avant publication. Afin de s’assurer de la publication de votre message, vous devez cependant respecter certains points.

«Mon commentaire n’a pas été publié, pourquoi?»

Notre équipe doit traiter plusieurs milliers de commentaires chaque jour. Il peut y avoir un certain délai entre le moment où vous l’envoyez et le moment où notre équipe le valide. Si votre message n’a pas été publié après plus de 72h d’attente, il peut avoir été jugé inapproprié. L’essentiel se réserve le droit de ne pas publier un message sans préavis ni justification. A l’inverse, vous pouvez nous contacter pour supprimer un message que vous avez envoyé.

«Comment s’assurer de la validation de mon message?»

Votre message doit respecter la législation en vigueur et ne pas contenir d’incitation à la haine ou de discrimination, d’insultes, de messages racistes ou haineux, homophobes ou stigmatisants. Vous devez aussi respecter le droit d’auteur et le copyright. Les commentaires doivent être rédigés en français, luxembourgeois, allemand ou anglais, et d’une façon compréhensible par tous. Les messages avec des abus de ponctuation, majuscules ou langages SMS sont interdits. Les messages hors-sujet avec l’article seront également supprimés.

Je ne suis pas d’accord avec votre modération, que dois-je faire?

Dans votre commentaire, toute référence à une décision de modération ou question à l’équipe sera supprimée. De plus, les commentateurs doivent respecter les autres internautes tout comme les journalistes de la rédaction. Tout message agressif ou attaque personnelle envers un membre de la communauté sera donc supprimé. Si malgré tout, vous estimez que votre commentaire a été injustement supprimé, vous pouvez nous contacter sur Facebook ou par mail sur feedback@lessentiel.lu Enfin, si vous estimez qu’un message publié est contraire à cette charte, utilisez le bouton d’alerte associé au message litigieux.

«Ai-je le droit de faire de la promotion pour mes activités ou mes croyances?»

Les liens commerciaux et messages publicitaires seront supprimés des commentaires. L’équipe de modération ne tolérera aucun message de prosélytisme, que ce soit pour un parti politique, une religion ou une croyance. Enfin, ne communiquez pas d’informations personnelles dans vos pseudos ou messages (numéro de téléphone, nom de famille, email etc).

L'espace commentaires a été désactivé
L'espace commentaires des articles de plus de 48 heures a été désactivé en raison du très grand nombre de commentaires que nous devons valider sur des sujets plus récents. Merci de votre compréhension.

Les commentaires les plus populaires

  • Oggy le 11.02.2019 11:55 Report dénoncer ce commentaire

    Ce régime autoritaire socialiste de Maduro a vraiment mis le Venezuela a genoux. Comment peut-on encore soutenir Maduro qui a plongé le peuple dans la misère ou l'exil??? L'histoire le retiendra comme une des pires présidences du pays ...

  • A chacun sa vie le 11.02.2019 19:15 Report dénoncer ce commentaire

    Je m'intéresse au Venezuela autant que eux à mon pays. Bref, pas du tout.

  • Welcome le 11.02.2019 16:41 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    La cause c’est les sanctions des U.S. qui bloquent les avoirs qui ce chiffre en milliards de dollars que le gouvernement peut pas utiliser pour son peuple et on parle de faire dons de 20 millions en aides humanitaire??? Puis il a les gros patrons qui malgré une régulation des prix des marchés ne vendent pas ou demande des prix absurdes car comme ici ils pensent qu’à faire de gros chiffres malheureux tout ça exemple notre système immobilier.

Les derniers commentaires

  • A chacun sa vie le 11.02.2019 19:15 Report dénoncer ce commentaire

    Je m'intéresse au Venezuela autant que eux à mon pays. Bref, pas du tout.

    • Lestrollsrusses le 11.02.2019 23:22 Report dénoncer ce commentaire

      Bien dit, chacun doit s'intéresser à son pays, rien d'autre .

  • Welcome le 11.02.2019 16:41 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    La cause c’est les sanctions des U.S. qui bloquent les avoirs qui ce chiffre en milliards de dollars que le gouvernement peut pas utiliser pour son peuple et on parle de faire dons de 20 millions en aides humanitaire??? Puis il a les gros patrons qui malgré une régulation des prix des marchés ne vendent pas ou demande des prix absurdes car comme ici ils pensent qu’à faire de gros chiffres malheureux tout ça exemple notre système immobilier.

  • Oggy le 11.02.2019 11:55 Report dénoncer ce commentaire

    Ce régime autoritaire socialiste de Maduro a vraiment mis le Venezuela a genoux. Comment peut-on encore soutenir Maduro qui a plongé le peuple dans la misère ou l'exil??? L'histoire le retiendra comme une des pires présidences du pays ...

    • Christophe le 11.02.2019 12:47 Report dénoncer ce commentaire

      c est un peu facile votre analyse, qu en faites vous des sanctions U.S. qui, depuis des années paralysent le pays? vous ne croyez pas qu'il a plusieurs facteurs de cette crise?

    • The Boss le 11.02.2019 18:16 Report dénoncer ce commentaire

      Il est indéniable qu'aucun pays communiste ne peut afficher une réussite de ce système qui ne tient encore debout en certains endroits qu'au prix de dictatures sanglantes et incapables de valoriser leurs richesses pour en faire profiter leur peuple. Le Vénézuela est assis sur un océan de pétrole et a préféré virer les compagnies pétrolières capables d'exploiter cette richesse plutôt que les contrôler et les taxer raisonnablement. Maintenant, ils importent leurs carburants .

    • Rigoberta M. le 11.02.2019 21:28 Report dénoncer ce commentaire

      Oggy, ça c'est votre opinion, mais il y a des centaines de milliers de gens qui pensent le contraire!

  • rené sance le 11.02.2019 11:14 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Et on va croire ça ?

    • Juan Torena le 11.02.2019 11:49 Report dénoncer ce commentaire

      Pourquoi pas? Ce n'est pas si impossible que vous croyez!

    • Lestrollsrusses le 11.02.2019 12:01 Report dénoncer ce commentaire

      Oui on va le croire!

    • L'Australien le 11.02.2019 13:46 Report dénoncer ce commentaire

      Evidemment qu'on le croira!