Au Soudan

25 octobre 2021 11:33; Act: 25.10.2021 13:49 Print

Ils protestent contre le coup d'État, l'armée tire

L'armée soudanaise a tiré, lundi matin, sur des manifestants qui protestaient à Khartoum contre le coup d'État en cours au Soudan.

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Le général soudanais Abdel Fattah al-Burhan a dissous lundi les autorités de transition dont la quasi-totalité des membres civils sont déjà aux mains de l'armée, décrétant l'état d'urgence alors que des tirs ont déjà fait des blessés parmi les manifestants pro-démocratie. Depuis le matin, le «coup d'État» dénoncé à l'international s'est déroulé en plusieurs étapes. Le Premier ministre, son épouse, nombre de ses ministres et tous les membres civils du Conseil de souveraineté - plus haute autorité de la transition - ont été arrêtés par des militaires.

La télévision d'État a été prise par les militaires et à la mi-journée le général Abdel Fattah al-Burhane y est apparu. Ne cessant de répéter qu'il souhaitait toujours «une transition vers un État civil et des élections libres en 2023», après 30 ans de dictature d'Omar el-Béchir démis en 2019, il a malgré tout relevé tous les dirigeants de leurs fonctions. Le gouvernement est dissous, de même que le Conseil de souveraineté, a-t-il dit, les préfets et ministres sont limogés, et l'état d'urgence est déclaré dans tout le pays, a-t-il ajouté.

Douze blessés

Avant même qu'il ne s'exprime, des milliers de Soudanais descendaient dans les rues conspuant l'armée. Devant le QG de l'armée dans le centre de Khartoum, bouclé par soldats et blocs de béton depuis des jours, 12 manifestants ont été blessés par des tirs des forces armées, ont assuré un syndicat de médecin et le ministère de l'Information. Le bureau du Premier ministre Abdallah Hamdok avait appelé à «manifester» contre le «coup d'État» pour «protéger la révolution» de 2019 qui a renversé Béchir.

Craignant pour la vie du dirigeant retenu «dans un lieu non identifié», son bureau a averti que les autorités militaires portaient «l'entière responsabilité de sa vie» ou sa mort, dans un pays déjà secoué par un coup d'État manqué il y a un mois. «J'appelle les forces armées à relâcher immédiatement les personnes retenues», a exhorté l'émissaire de l'ONU au Soudan Volker Perthes, jugeant «inacceptables» ces arrestations de civils appartenant aux autorités de transition.

«Nous ne quitterons pas la rue»

Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a, lui, appelé la communauté internationale «à remettre la transition soudanaise sur les rails», tandis que la Ligue arabe et l'Union africaine appelaient «au dialogue». Face à ces critiques qui s'accumulent, le général, Burhane a donné un gage de poids: il s'est dit engagé à respecter les accords internationaux signés par le Soudan, l'un des quatre États arabes à avoir récemment décidé de reconnaître Israël.

Dans les rues de Khartoum, où internet et le téléphone ne sont plus accessibles pour beaucoup, de nombreux Soudanais conspuent depuis tôt le matin le général Burhane, ont constaté des correspondants de l'AFP. «Nous refusons le régime militaire et sommes prêts à sacrifier nos vies pour la transition démocratique», a juré l'un d'eux à l'AFP, Haitham Mohamed. «Nous ne quitterons pas les rues avant le retour du gouvernement civil», affirme Sawsan Bachir, elle aussi sous la nuée de drapeaux soudanais.

Dans un pays quasiment toujours sous la férule des militaires et des islamistes depuis son indépendance il y a 65 ans, la transition battait de l'aile depuis longtemps. Entre luttes de pouvoir parmi les civils et militaires décidés à conserver leurs acquis politiques et économiques, elle a débuté dans l'union sacrée avant de finir morcelée.

(L'essentiel/afp)