Tabou du deuil périnatal

14 octobre 2021 08:37; Act: 15.10.2021 09:03 Print

«Je n'ai pas acheté de poussette, mais un cercueil»

Chaque année, environ 8 000 familles sont concernées par un deuil périnatal. Il s'agit de grossesses qui n'arrivent pas à leur terme pour diverses raisons.

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Ce deuil reste «tabou» et souvent mal accompagné par l'entourage. (photo: Unsplash)

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«Je n'ai pas acheté une poussette pour mon bébé, mais un cercueil. On rentre de la maternité le ventre vide, le berceau vide, il y a cette chambre que l'on a préparée pour son bébé et qui restera inhabitée», témoigne Patricia Servange, présidente de l'association «L'Enfant sans nom Parents endeuillés».

Chaque année, environ 8 000 familles sont concernées par un deuil périnatal. Au Luxembourg, le nombre de mort-nés s’élevait à 85 cas en 2019 (69 bébés morts avant la naissance, 16 au cours de la première semaine après l’accouchement). Il s'agit de grossesses qui n'arrivent pas à leur terme pour diverses raisons (fausse couche tardive, mort in utero, interruption médicale de grossesse…) ou de décès d'enfants survenant dans les premières semaines après la naissance.

Ce deuil reste «tabou» et souvent mal accompagné par l'entourage, pour les associations qui soutiennent les parents endeuillés et espèrent sensibiliser le public à l'occasion de la journée mondiale du deuil périnatal vendredi.

«Il faut se remémorer la personne décédée»

«C'est un deuil où les parents se sentent seuls. Personne n'a connu le bébé, l'entourage croit aider en minimisant: "C'est pas grave, tu es jeune, tu en feras d'autres"», explique Israël Nisand, chef du service obstétrique, à l'Hôpital américain de Paris. Du côté du personnel soignant, qui avait autrefois la même attitude, l'accompagnement des parents s'est beaucoup amélioré.

«Il y a 30 ans dans les maternités, on cachait le bébé, on le dirigeait vers le crématoire de l'hôpital, on plaçait la mère sous sédatif, on lui disait de se dépêcher de refaire un enfant. Aujourd'hui, on fait exactement l'inverse: on propose aux parents de voir le bébé décédé, lavé, habillé, on les encourage à le prendre dans les bras, à le bercer, à passer du temps avec lui», explique la chercheuse Dominique Memmi, auteure de «La seconde vie des bébés morts» (éditions de l'EHESS).

«Pour traverser un deuil, il faut se remémorer ce qu'on a vécu avec la personne décédée. Même s'il est court, ce laps de temps passé avec l'enfant décédé est précieux pour fabriquer des souvenirs», explique Isabelle de Mézerac, présidente de l'association Spama, qui accompagne des parents en France, en Belgique et au Luxembourg.

«Un carré des bébés»

Beaucoup de parents en détresse, anéantis, ne le savent pas. «C'est important pour le parcours du deuil de prendre des photos du bébé, qui semble endormi, garder une mèche de cheveux, le bracelet de naissance. Cela les aidera à faire leur deuil», explique Mme Servange.

«Des photos des morts, cela se faisait dans les campagnes jusqu'aux années 50. Finalement ce sont des pratiques anciennes qui font leur réapparition dans l'univers rationaliste, technologique de l'hôpital», relève Mme Memmi. Pour les associations, inhumer le bébé aide le processus de deuil.

De nombreuses mairies proposent maintenant un «carré des bébés» dans les cimetières, où les parents peuvent retrouver la tombe. D'autres ont des «jardins du souvenir» réservés aux bébés mais sans trace d'un enfant en particulier.

Une mort «taboue»

De l'avis des associations, il est important de garder une trace du bébé et de l'inscrire dans l'histoire familiale. Aujourd'hui il est possible, au choix des parents, d'inscrire le prénom de l'enfant dans le livret de famille. Une proposition de loi permettant d'inscrire le nom de famille sur l'acte d'enfant sans vie a été votée à l'unanimité au Sénat cet été. «Les familles souhaitent pouvoir lui donner leur nom et l'inscrire sur la tombe», explique à l'AFP, Anne-Catherine Loisier, sénatrice centriste à l'origine de la proposition.

De nombreuses associations proposent des groupes de parole pour réunir des parents endeuillés, en présentiel ou en distanciel. «Des parents qui vivent en Guyane ou à Saint-Pierre-et-Miquelon se retrouvent une fois par mois en visioconférence pour échanger avec d'autres qui ont vécu le même drame», explique Myriam Morinay, vice-présidente de l'association Naître et Vivre.

Car il est difficile de parler de cette mort avec l'entourage qui fait comme si elle n'était pas survenue. «Cette mort-là est taboue. Les gens pensent qu'ils vont raviver la souffrance s'ils en parlent, alors que les parents ont envie d'en parler», relève Mme Servange.

«Ce qui est conseillé? Juste une main sur l'épaule. Dire "je suis là, si tu veux en parler". Un coup de fil au parent, après le drame, ou à l'anniversaire de la mort. Demander à voir des photos de l'enfant», explique-t-elle.

(L'essentiel/afp)

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Les commentaires les plus populaires

  • Sabrina le 14.10.2021 12:25 Report dénoncer ce commentaire

    C'est dur,l'entourage qui ne comprends pas forçément ce par quoi on passe. Ignorer le sujet et faire comme si rien ne s'était passsé n'aide pas les parents endeuillés. Je n'ai gardé ma fille que 4mois au creux de mon ventre, mais pour nous elle était bien réelle, dès le premier test de grossesse positif. On se sent parent et responsable de ce petit bout. Je sais que les photos de ma petite existent à la matérnité, mais à ce jour je n'ai pas encore eu la force de les regarder. L'inscrire à l'état civil et lui offrir son petit nom à été une bataille auprès de la mairie mais a fini par aboutir.

  • PAEM le 14.10.2021 11:38 Report dénoncer ce commentaire

    J'ai beaucoup de respect et de compassion pour les parents qui ont vécu un tel drame. J'ai fait une fausse couche précoce il y a quelques années, et déjà ça m'avait beaucoup touchée. Je n'ose imaginer le chagrin et le vide ressenti quand on perd un enfant plus tard dans la grossesse ou dans les premières semaines de sa vie.

  • zaz le 14.10.2021 12:44 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    C est vraiment bien de pouvoir parler de ce sujet. Beaucoup de parents ont envie de témoigner... Souvent lorsque l on est un proche on compatit mais on ne sait pas comment l exprimer et comment aider. Merci pour les témoignages ça aide à mieux comprendre. Et toute ma sympathie à ceux qui souffrent.

Les derniers commentaires

  • yan casagrande le 15.10.2021 19:35 Report dénoncer ce commentaire

    Théo Casagrande... 14/04/2011 ce n'est pas la disparition le plus difficile...c'est l'absence. Même 10 ans après, il reste mon fils. Il reste le grand frère de Léo, que nous avons failli perdre aussi. Il y a l'incompréhension de la famille, même de la maman sur la difficulté de mon deuil douloureux et amère. Mais je vais bien...je vais de l'avant et n'oubli pas... Ne jamais oublier son enfant, il fait et ferra toujours parti de nous et de notre histoire, de notre être. bien à vous... Yan

  • Alexandre le bien heureux le 14.10.2021 23:21 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    quand tout est prêt pour tes jumeaux que tu les tiens dans tes bras .....mais qu ils sont déjà partis au ciel....beaucoup de personnes nous ont aider à passer cette souffrance... puis tu rentres à la maison tu rentres dans leurs chambre en pensant les avoirs entendu pleurer.....mais elle est vide....juste les 2 petits lits vide....cela fait 3 ans maintenant et je n ai jamais su démonter les lits rs est la intacte.......ce n est pas pas faute de c être fait aidé ma compagne et moi mais on arrive pas heureusement que leur grand frère est là pour nous "adoucir " cette douleur

  • Flo le 14.10.2021 22:21 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Toute mon empathie ????????

  • veritis le 14.10.2021 20:18 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    bref. une chose malheureusement banale et très désagréable.

  • maldini le 14.10.2021 14:00 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    On n’oublie pas, on vie avec