Irak-Syrie

18 novembre 2017 22:48; Act: 18.11.2017 22:54 Print

L'EI a perdu son «califat» mais pas ses jihadistes

Quatre ans après la proclamation du «califat», l'EI a vu son rêve d'État s'écrouler. Les combattants se retrouvent sous un nouveau nom, et sous l'autorité de Ben Laden.

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L'EI mettait ses exactions en scène. (photo: AFP)

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Son «califat» n'aura pas tenu quatre ans, ses «capitales» en Irak et en Syrie sont tombées, des centaines de ses combattants se sont rendus ou enfuis: le groupe État islamique (EI) n'est pas encore mort mais son rêve d'«État», lui, est déjà enterré, expliquent les experts. Hicham al-Hachemi, spécialiste irakien des mouvements extrémistes est catégorique: plus personne dans la mouvance jihadiste «ne pensera désormais à imposer le territoire du califat», dit-il.

En 2014, le «calife» autoproclamé Abou Bakr al-Baghdadi régnait sur sept millions d'habitants dans un territoire grand comme l'Italie englobant de larges pans de la Syrie et près d'un tiers de l'Irak. Ce nouveau «califat» attirait alors des milliers de jihadistes venus du monde entier. Raqqa, en Syrie, devenait la «capitale», et Abou Bakr al-Baghdadi faisait son unique apparition publique dans une mosquée de Mossoul, deuxième ville d'Irak. L'EI avait aussi mis en place une machine de propagande sophistiquée. Dans toutes les villes sous le contrôle de l'EI, son drapeau noir flottait au-dessus de bâtiments d'une nouvelle administration aux noms empruntés à celles des premiers temps de l'islam.

Vers le fils Ben Laden?

Moins de quatre ans plus tard, au terme de longs combats, l'EI a perdu la quasi-totalité de son territoire et les précieux revenus des champs de pétrole dont il s'était emparé. «Au cours de ces batailles, notamment à Mossoul, un nombre important de jihadistes sont morts», note Kirk Sowell, qui publie «Inside Iraqi Politics». «Et suite aux défaites, beaucoup se sont rendus». D'autres encore, «ont fui le pays ou essayent de se mélanger à la population» en tentant de faire oublier leur passé d'exactions, affirme ce spécialiste de la politique irakienne. Après ces lourdes pertes, «même ce qui pourrait rester de l'EI ne va pas penser à revenir» à cette idée de contrôle militaire, et même administratif d'un territoire, assure Hicham al-Hachemi.

Et sa puissante machine de propagande semble régresser, avec notamment un changement de ton, aux accents nostalgiques. «Le projet du califat s'est heurté aux réalités géopolitiques», résume Karim Bitar, spécialiste du Moyen-Orient à l'Institut des affaires internationales et stratégiques de Paris (IRIS). «La plupart des vétérans de l'EI et d'al-Qaïda en Irak commencent à se regrouper en Syrie», où de nombreuses zones sont encore aux mains de différents groupes jihadistes, explique M. Hachemi. Ces combattants, «les plus endoctrinés et des plus disciplinés», sont en train de constituer depuis septembre «le groupe Ansar al-Fourqan, dirigé par Hamza Ben Laden», considéré comme le fils préféré du chef d'Oussama.

(L'essentiel/AFP)