Terrorisme

26 avril 2018 14:46; Act: 26.04.2018 19:07 Print

L'énorme magot qui aide l'EI à se réorganiser

Loin d'être éradiqué malgré ses défaites militaires, l'organisation État islamique possède une fortune d'environ 3,6 milliards de dollars, selon les dernières estimations.

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Les dirigeants de 70 pays sont réunis à Paris pour évoquer le financement du terrorisme. (photo: AFP/Philippe Wojazer)

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Malgré des défaites majeures essuyées l'année dernière en Irak et en Syrie, l'organisation État islamique est loin d'être éradiquée. Selon les dernières estimations des services de renseignement, Daech posséderait un magot d'environ 3,6 milliards de dollars (2,9 milliards d'euros). À titre de comparaison, Europe 1 relève qu'Abou Bakr al-Baghdadi, le calife de l'EI, serait en mesure de racheter Air France.

Réunis mercredi et jeudi à Paris pour tenter de contrer le financement du terrorisme international, les spécialistes de la lutte antiterroriste ne cachent pas leur vive inquiétude. Daech, bien que battu sur le terrain et privé de ses principales sources de revenus, a en effet largement les moyens de financer sa réorganisation.

Il a fallu trois ans à l'EI pour récolter cette somme astronomique. Le pétrole du nord de l'Irak et de la Syrie a rapporté au califat une centaine de millions de dollars par année, à quoi viennent s'ajouter 40 % de la production céréalière de l'Irak et 80 % du coton syrien. Les jihadistes rackettaient les chrétiens, les chiites et les yazidis, à qui ils confisquaient les terres pour les louer en fermage à leurs sympathisants. Le ministère de la Ghanima (butin en arabe) distribuait alors aux combattants étrangers les biens volés. La femme d'un des terroristes du Bataclan a par exemple reçu un appartement à Mossoul où elle ne payait ni l'eau, ni les impôts, ni l'électricité.

«Une idée de génie»

L'EI a engrangé un milliard de dollars supplémentaire grâce à la dîme prélevée sur les transactions locales, que ce soit sur les actes de mariage, les transports ou les commerces. Les amendes distribuées aux habitants ne respectant pas la loi imposée par Daech (voiles pas assez couvrants, barbes trop courtes, fumer dans la rue) représentent, qui plus est, une manne considérable.

Le groupe État islamique s'est servi de cet argent pour passer dans la clandestinité et se réorganiser. Selon Le Monde, Daech a investi dans des affaires totalement légales, comme par exemple le rachat en Irak de fermes piscicoles qui élèvent des carpes. Un business lucratif tant les Irakiens raffolent de la carpe grillée. «C'était une idée de génie. Certaines fermes étaient financées par l'argent de Daech directement, d'autres appartenaient à des particuliers victimes de racket», explique le général Ayad, porte-parole du commandement des opérations de Bagdad.

Au Proche-Orient et en Turquie, l'EI investit également dans des bureaux de change qui leur permettent d'envoyer de l'argent à des clandestins de manière anonyme. Un casse-tête pour les services de renseignement. «La victoire militaire contre l'EI en Irak et en Syrie «ne nous prémunit ni contre la résurgence de Daech ni contre l'activité des groupes et individus ayant prêté allégeance à cette organisation», a averti l’Élysée. Emmanuel Macron doit clôturer la conférence après deux jours de tables rondes à huis clos.

(L'essentiel/joc)