Etats-Unis

20 juin 2020 08:23; Act: 20.06.2020 08:31 Print

La commémoration amère de l'abolition de l'esclavage

Les États-Unis ont commémoré vendredi l'abolition de l'esclavage en pleine période de tensions et de prise de conscience des discriminations subies par la communauté noire.

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Des milliers de personnes étaient attendues lors des multiples manifestations prévues de New York à Los Angeles pour le 155e anniversaire du «Juneteenth» (contraction du «19 juin»), ce jour de 1865 où les esclaves de Galveston au Texas ont appris qu'ils étaient désormais libres.

Quelques centaines de personnes ont défilé à Washington en dénonçant «le racisme, l'oppression et les violences policières» à l'appel des professionnels des clubs locaux de basket. D'autres protestataires convergeaient à la mi-journée près de la Maison Blanche, sur la nouvellement baptisée «Black Lives Matter Plaza». Dans une ambiance festive, les musiciens se mêlaient aux manifestants scandant le slogan «Black Lives Matter», a constaté l'AFP.

Drames

Les commémorations revêtent cette année un caractère particulier. Les morts de George Floyd à Minneapolis ou de Rayshard Brooks à Atlanta ont forcé le pays à faire son examen de conscience sur le racisme qui imprègne encore aujourd'hui la société.

«La triste vérité, c'est que ce n'est pas un cas unique», expliquait le frère de George Floyd, Philonise, cette semaine devant le Conseil des droits de l'Homme. «La façon dont mon frère a été torturé et tué devant une caméra est la façon dont les personnes noires sont traitées par la police en Amérique».

Les policiers mis en cause dans ces deux morts ont été limogés puis inculpés de meurtre. Dans une autre affaire, la mairie de Louisville (centre) a annoncé le licenciement d'un policier impliqué dans la mort d'une infirmière noire, Breonna Taylor, tuée dans son appartement en mars.

«Inimaginable injustice»

Même s'il a dénoncé les morts de George Floyd et Rayshard Brooks, Donald Trump a suscité les critiques en s'en prenant aux manifestants. Le président organise samedi un grand meeting de campagne à Tulsa, dans l'Oklahoma. Il avait suscité l'indignation en choisissant la date du 19 juin et a dû le reporter au lendemain. La ville reste hantée par le souvenir d'une des pires émeutes raciales de l'histoire, où jusqu'à 300 Afro-Américains ont été massacrés par une foule blanche, en 1921.

Plus de 100 000 personnes sont attendues à Tulsa et par crainte de débordements, le maire a décrété un couvre-feu partiel jusqu'à dimanche. Donald Trump a toutefois annoncé vendredi que cette mesure avait été levée. «Amusez-vous. Merci au maire Bynum», a-t-il ajouté à l'adresse de ses supporters.

Dans un message à l'occasion de «Juneteenth», M. Trump a dénoncé «l'injustice inimaginable de l'esclavage», un système qui avait assuré l'essor économique du pays.

Déboulonnage

Les rassemblements des dernières semaines ont poussé les Américains à se replonger dans l'histoire d'un pays qui s'est déchiré sur la question de l'esclavage, un système qui a assuré son essor économique. Les appels se sont multipliés pour le déboulonnage de monuments à la gloire de généraux et responsables confédérés lors de la Guerre de sécession (1861-1865), qui pullulent dans le sud du pays, et certains ont été détruits.

Et la cheffe des démocrates au Congrès Nancy Pelosi a ordonné jeudi le retrait des portraits de quatre anciens présidents de la Chambre des représentants qui se sont rangés aux côtés des confédérés. Malgré les avancées obtenues avec le mouvement pour les droits civiques dans les années 1950 et 1960, la minorité noire (13% de la population) est la grande oubliée de la prospérité. Plus pauvre, plus malade, elle est sous-représentée au niveau politique et victime d'incarcérations de masse.

La crise du coronavirus a encore accentué ces maux: le taux de chômage des Noirs américains a explosé avec l'arrêt de l'économie et, en occupant de nombreux emplois jugés essentiels, ils sont plus exposés que les autres au Covid-19.

(L'essentiel)