Manifestations prodémocratie

04 août 2019 15:28; Act: 04.08.2019 15:32 Print

La contestation ne faiblit pas à Hong Kong

Les manifestants ont marché par milliers dans le quartier résidentiel de Tseung Kwan O, au lendemain de violents heurts avec la police.

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La police anti-émeutes de Hong Kong a à nouveau dispersé dimanche à l'aide de gaz lacrymogène des groupes de manifestants dans le quartier cossu de Sheung Wan sur l'île principale de Hong Kong, au lendemain d'une autre manifestation où des heurts avec la police avaient eu lieu. Les manifestants dispersés ont immédiatement rejoint un groupe plus important, près du bureau de liaison représentant les intérêts de Pékin dans ce territoire semi-autonome du sud de la Chine secoué depuis des semaines par un mouvement de protestation.

La mégapole du sud de la Chine traverse sa plus grave crise politique depuis sa rétrocession en 1997 par Londres. Elle a déjà connu huit week-ends consécutifs de manifestations massives, souvent suivies d'affrontements entre de petits groupes radicaux et les forces de l'ordre. «On a l'impression que, quel que soit notre nombre, on ne peut pas changer notre gouvernement», confie une avocate stagiaire de 22 ans, en référence au fait que les dirigeants de la ville ne soient pas élus au suffrage universel. Kai Hou, 41 ans, affirme de son côté ne pas cautionner les tactiques violentes de la frange la plus radicale des manifestants, mais se dit d'accord avec leurs objectifs généraux.

Jets d'œufs

Une seconde manifestation, sur l'île de Hong Kong cette fois, doit s'achever dans un parc tout proche du siège du Bureau de liaison, organe du gouvernement central chinois. Il y a deux semaines, cet immeuble voisin du siège du gouvernement local avait été la cible de jets d'oeufs par des manifestants qui avaient tagué sa façade.

Pékin avait dénoncé des dégradations «absolument intolérables». La ville multiplie depuis lors les mises en garde contre les manifestants. Cette semaine, la garnison de l'Armée populaire de libération (APL) basée à Hong Kong, a aussi lancé un avertissement au travers d'une vidéo musclée mettant en scène sa capacité d'intervention. Les autorités locales ont également durci le ton. Une quarantaine de manifestants ont été inculpés pour participation à une émeute -infraction passible de dix ans de prison- après les heurts du week-end dernier.

Vitres brisées, graffitis

Samedi à Tsim Sha Tsui, des protestataires au visage masqué ont fracassé les vitres de voitures garées sur le parking d'un commissariat et maculé un mur de graffitis. Des manifestants ont même utilisé un énorme lance-pierres, tenu par deux d'entre eux, pour projeter des briques sur le bâtiment. D'autres ont élevé des barricades sur des artères d'ordinaire très empruntées et temporairement bloqué l'un des tunnels routiers permettant de rejoindre l'île de Hong Kong. La police a annoncé l'arrestation de «plus de 20 personnes», ce qui porte le nombre total d'interpellations à plus de 200 depuis le 9 juin.

Samedi soir, c'est le quartier de Tsim Sha Tsui, secteur à la pointe Sud de Kowloon juste en face de l'île Hong Kong, qui a été le théâtre d'échauffourées. La police a lancé plusieurs salves de gaz lacrymogène devant un commissariat, repoussant les manifestants dans des rues habituellement fréquentées par badauds et touristes envahissant ses centres commerciaux.

Légaliser les extraditions

La mobilisation avait débuté début juin avec la dénonciation d'un projet de loi -aujourd'hui suspendu- qui proposait de légaliser les extraditions vers la Chine. Les revendications se sont depuis élargies à la dénonciation du recul des libertés dans l'ex-colonie britannique ou à l'exigence de réformes démocratiques.

Initialement très pacifiques, les manifestations ont ces derniers temps de plus en plus dégénéré en affrontements avec les forces de l'ordre. Le 21 juillet, à l'issue d'un nouveau rassemblement monstre, des manifestants avaient été brutalement agressés à Yuen Long (nord-est) par des hommes soupçonnés d'appartenir aux triades, faisant 45 blessés.

Les forces de l'ordre sont en train de battre des records d'impopularité, les policiers étant régulièrement raillés par les manifestants comme n'étant que des hommes de main de Pékin. Les autorités se défendent d'un usage excessif de la force, en affirmant être aux prises avec des manifestants très radicalisés.

(L'essentiel/afp)