Coronavirus en Chine

07 février 2020 20:36; Act: 07.02.2020 20:59 Print

La «double mort» du médecin lanceur d'alerte

L'épidémie de Coronavirus a pris un tour politique vendredi avec la mort dans la nuit du docteur Li Wenliang, qui avait donné l'alerte fin décembre après l'apparition du virus.

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Le médecin chinois sanctionné pour avoir sonné l'alarme à propos de l'apparition du nouveau coronavirus a succombé à l'épidémie vendredi, provoquant une vague de colère tandis que le bilan continue à s'alourdir. Deux semaines après la mise de facto en quarantaine du Hubei, la province du centre de la Chine dont Wuhan est la capitale et où la pneumonie virale s'est déclarée, l'épidémie a contaminé 31 161 personnes dans la partie continentale de ce pays, dont 636 sont mortes, selon un dernier bilan officiel.

Dans le reste du monde, plus de 300 cas de contaminations ont été confirmés dans une trentaine d'États et de territoires, dont deux mortels, à Hong Kong et aux Philippines. Des centaines de touristes présents dans trois paquebots sont bloqués en Asie après que le virus eut été détecté à leur bord. Alors que la piste d'un virus provenant de chauve-souris semble se confirmer, des scientifiques chinois ont annoncé que le pangolin, un petit mammifère, pourrait être «l'hôte intermédiaire» ayant, le dernier, transmis l'agent infectieux à l'être humain.

Confusion totale

L'épidémie a surtout pris un tour politique vendredi avec la mort dans la nuit du docteur Li Wenliang, un médecin de Wuhan qui avait donné l'alerte fin décembre après l'apparition du virus dans la capitale du Hubei. Son décès même a donné lieu à un imbroglio raconte CNN puisqu'il a été annoncé mort en deux temps.

Jeudi, des rumeurs ont circulé annonçant le décès de cet ophtalmologue de 34 ans. Elles sont rapidement reprises par le tabloïd d'État chinois Global Times qui publie l'information sur Twitter, avant de la retirer.

De son côté, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) se dit «profondément attristée» par la mort de Li sur son compte Twitter officiel, mais supprime plus tard le tweet. L'OMS explique finalement n'avoir aucune information sur l'état de santé du médecin chinois.

C'est finalement dans la nuit de jeudi à vendredi que l'hôpital central de Wuhan annonce sur Weibo que Li est décédé à 2h58 malgré les tentatives de le réanimer.

Comme d'autres personnes, il avait été convoqué après ses révélations par la police, qui l'avait accusé de propager des rumeurs. Il a dû signer un papier stipulant qu'il ne ferait plus aucune révélation sur le virus. La lettre des autorités lui reprochant d'avoir «perturbé l'ordre social» fait le tour de Twitter.

«Pas du genre à répandre des rumeurs»

Le docteur Li Wenliang fait désormais figure de héros national face à des responsables locaux accusés d'avoir caché les débuts de l'épidémie. «Mon fils n'était pas du genre à répandre des rumeurs», a expliqué son père cité par la BBC. «Ce qu'il avait annoncé, n'est-ce pas devenu réalité? Mon fils était merveilleux».

«C'est un héros qui a donné l'alerte au prix de sa vie», écrit un de ses confrères wuhanais sur le réseau en ligne Weibo. «Que tous ces fonctionnaires qui s'engraissent avec l'argent public périssent sous la neige», s'emportait un internaute, dans un commentaire promptement effacé par la censure. Signe que la colère est forte, le hashtag «Nous demandons la liberté d'expression» s'est fait une place sur l'internet chinois, avant d'être lui aussi censuré.

Le docteur Li, âgé de seulement 34 ans, est mort à l'hôpital central de cette métropole de 11 millions d'habitants, coupée du monde depuis le 23 janvier. L'ophtalmologue avait contracté la maladie en soignant un patient. Secoué par la colère populaire, le pouvoir central a annoncé l'ouverture d'une enquête sur «les circonstances entourant le docteur Li Wenliang, telles qu'elles ont été rapportées par les masses», et l'envoi sur place d'une équipe d'enquêteurs anticorruption. Fait rare, la Cour suprême avait déjà réhabilité fin janvier dans un article huit lanceurs d'alerte, qui avaient tenté d'avertir la population au début de l'épidémie.

(L'essentiel/cga/afp)