Israël

28 octobre 2021 09:50; Act: 28.10.2021 10:05 Print

La mer Morte a perdu un tiers de sa surface en 60 ans

De nouvelles images montrent la situation dramatique de la mer Morte, spectaculaire étendue d’eau en plein désert entre Israël, la Cisjordanie occupée et la Jordanie.

Sur ce sujet
Une faute?

En Israël, à la belle époque du spa Ein Gedi, dans les années 1960, les vacanciers pouvaient se prélasser au bord des piscines chauffées puis se glisser dans la mer Morte. Un lointain souvenir, les eaux salées s'étant depuis retirées pour céder la place à d'étranges cratères. La mer Morte, spectaculaire étendue d'eau en plein désert entre Israël, la Cisjordanie occupée et la Jordanie, flanquée en son ouest et son est d'abruptes falaises, a perdu un tiers de sa surface depuis 1960.

Les eaux bleues se retirent d'environ un mètre chaque année, laissant derrière elles un paysage lunaire, une terre blanchie par le sel et perforée de trous béants. «Un jour ou l'autre, s'il reste un filet d'eau pour tremper son pied, on aura de la chance», se désole Alison Ron, une habitante d'Ein Gedi, qui a longtemps travaillé pour le spa. «Il n'y aura plus que des dolines».

Cratères pouvant se former en une fraction de seconde et dépasser dix mètres de profondeur, les dolines se sont multipliées ces vingt dernières années sur les rives du lac. En reculant, l'eau salée laisse derrière elle des plaques de sel souterraines. Lorsqu'il pleut, l'eau douce s'infiltre dans le sol et dissout les plaques de sel. Sans appui, la terre au-dessus peut alors s'effondrer et former des dolines.

Des cratères «dangereux, uniques et magnifiques»

À Ein Gedi, les trois kilomètres de sable rocailleux qui séparent le spa du rivage sont aujourd'hui ponctués de trous et de crevasses. Quelques kilomètres plus au nord, c'est tout un complexe touristique qui s'est transformé en ville fantôme, défiguré par les cratères et enserré dans des grillages. La chaussée est éventrée, les lampadaires renversés, la plantation de dattes abandonnée et les millions de shekels investis, envolés.

D'après Ittai Gavrieli, chercheur à l'Institut géologique d'Israël, on compte désormais des milliers de dolines de chaque côté de la mer Morte. Ces cratères «dangereux», mais aussi «uniques et magnifiques», sont la conséquence directe de l'assèchement du lac à partir des années 1970, sous l'effet conjugué de la déviation du fleuve Jourdain qui s'y jette et de l'extraction croissante de minéraux.

Aujourd'hui, la mer Morte ne reçoit plus que 10% du débit d'autrefois, détourné par Israël et la Jordanie pour leurs besoins agricoles et en eau potable. De plus, l'évaporation est favorisée par le réchauffement de la région, qui a enregistré un record national de chaleur en juillet, avec 49,9 degrés Celsius à Sodome, au sud-ouest de la mer Morte.

Pour Gidon Bromberg, directeur israélien de l'ONG Ecopeace, les dolines sont des «revanches de la nature» en réaction aux «actions inappropriées de l'Homme». «Nous ne parviendrons pas à ramener la mer Morte à son heure de gloire, mais nous demandons à ce que son niveau soit au moins stabilisé», plaide M. Bromberg.

(L'essentiel)