Zimbabwe

17 novembre 2017 07:49; Act: 17.11.2017 12:19 Print

La «prison dorée» de Bob Mugabe et «Gucci Grace»

Robert Mugabe est assigné à résidence, avec sa femme, dans sa luxueuse demeure du Blue Roof, depuis le coup d'État au Zimbabwe.

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Au cours de discussions avec les généraux qui ont pris le contrôle de la capitale Harare, le président Robert Mugabe a catégoriquement refusé jeudi de renoncer au pouvoir sans partage qu'il exerce depuis trente-sept ans au Zimbabwe. Le dictateur de 93 ans a été placé en résidence surveillée dans la nuit de mardi à mercredi. Il a rencontré pour la première fois jeudi dans l'après-midi le chef de l'armée à la présidence à Harare, a rapporté une source proche des militaires. «Ils se sont rencontrés aujourd'hui. Il a refusé de démissionner, je pense qu'il essaie de gagner du temps», a déclaré cette source sous couvert de l'anonymat.

Des images de la rencontre ont montré le président dans une veste bleu marine et un pantalon gris au côté du chef d'état-major, le général Constantino Chiwenga, tout sourire dans son treillis. Deux ministres sud-africains dépêchés par le président Jacob Zuma ont également participé à la réunion, selon un porte-parole du ministère des Affaires étrangères, qui n'a donné aucun détail sur leurs discussions.

L'armée est intervenue quelques jours après l'éviction la semaine dernière du vice-président Emmerson Mnangagwa, qui s'était longuement opposé à la première dame Grace Mugabe pour la succession du président. Proche des militaires, M. Mnangagwa, 75 ans, faisait figure jusque-là de dauphin potentiel de Robert Mugabe, dont la santé est vacillante.

Des soldats et des blindés sont déployés depuis mercredi matin autour de plusieurs points stratégiques de la capitale. Un porte-parole des militaires, le général Sibusiyo Moyo, a expliqué que l'opération avait pour seules cibles les «criminels» qui entourent Robert Mugabe, en clair les partisans de son épouse. Détestée par les militaires et peu populaire, Grace Mugabe est considérée comme une personnalité clivante dont les goûts de luxe lui ont valu le surnom de «Gucci Grace». Le couple est donc assigné à résidence dans son luxueux manoir acheté pour plusieurs millions d'euros (voir images ci-dessus).

Départ exigé

Ce coup de force de l'armée, l'un des piliers du régime, fait vaciller le règne du plus vieux dirigeant en exercice de la planète, hors monarchies. M. Mugabe avait déjà annoncé son intention de briguer un nouveau mandat lors de l'élection présidentielle prévue en 2018.

Jusque-là sur la réserve, plusieurs voix de l'opposition sont sorties jeudi de leur silence pour exiger à leur tour le départ du chef de l'État et une transition vers des élections libres. «Dans l'intérêt du peuple zimbabwéen, Robert Mugabe doit démissionner», a déclaré Morgan Tsvangirai, le chef du Mouvement pour un changement démocratique (MDC).

«Il ne fait aucun doute qu'il nous faut un accord de transition qui doit traiter de la reprise économique et de la réforme électorale», a renchéri l'ex-vice-présidente Joice Mujuru, écartée en 2014 sur ordre, elle aussi, de Grace Mugabe. Emblème de la fronde qui a secoué le pays en 2016, le pasteur Evan Mawarire s'est dit prêt à discuter avec l'armée. «En tant que citoyens, nous ne pouvons rester les bras croisés», a-t-il plaidé sur Facebook. «Nous devons participer».

(L'essentiel/cga/afp)