Terrorisme

24 avril 2019 09:53; Act: 24.04.2019 10:29 Print

La RDC, prochaine cible djihadiste africaine?

Après la revendication de l’État islamique de sa première attaque en République démocratique du Congo, les craintes de voir le pays en proie au terrorisme islamiste est vive.

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Un soldat patrouille pour s'assurer la sécurité des civils.

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Plus grand pays d'Afrique sub-saharienne, l'instable République démocratique du Congo est-elle dans le viseur de l'islam radical ou des mouvements affiliés à l'internationale djihadiste qui opèrent dans de nombreux pays sur le continent, du Mali à la Somalie? La question vient de se reposer dans l'est du pays, où l'agence de propagande de l'État islamique (EI) a revendiqué pour la première fois une attaque dans la province agitée du Nord-Kivu près de la frontière avec l'Ouganda. Au moins deux soldats congolais ont été tués le 16 avril dans cette attaque à Kamango, dans le territoire de Beni.

«Nous prenons au sérieux ce genre de déclarations», a commenté lundi la cheffe de la mission des Nations unies au Congo (Monusco), Leila Zerrougui. «On sait, nous, que l'attaque a été menée par les ADF», a-t-elle ajouté, référence aux Forces démocratiques alliées (ADF), historiquement des musulmans ougandais anti-président Museveni implantées dans cette zone du Congo depuis 1995. Sans chef, ni mot d'ordre, les ADF sont accusés d'avoir massacré depuis octobre 2014 plus de 1000 civils, ainsi que d'avoir tué 15 Casques bleus tanzaniens dans un raid contre la base de Semuliki en décembre 2017.

«Menace utile»

«Nous avons expliqué les tentatives de rapprochement des ADF avec les groupes terroristes internationaux», affirme à l'AFP le porte-parole de l'armée congolaise dans la région, Mak Hazukai, pour qui la revendication de l'EI «n'est pas une nouveauté». Les ADF tentent de rallier «d'autres groupes djihadistes», avance aussi le Groupe des experts sur le Congo (GEC) dans un rapport de novembre. À l'appui de leur thèse, les experts mentionnent l'arrestation en juillet 2018 d'un Kényan, Waleed Ahmed Zein, présenté comme un «conseiller financier» de l'État islamique en Irak et en Syrie. «La police kényane a prétendu qu'il était responsable du transfert de plus de 150 000 dollars (134 000 euros environ) via un réseau lié à l'ISIS (Etat islamique) qui couvrait de nombreux pays, y compris la RDC», écrit le GEC.

«Des responsables ougandais affirment que Zein était en contact avec les ADF, et une déserteuse des ADF a déclaré au GEC qu'un homme répondant à ce nom lui avait envoyé de l'argent à Kampala», poursuit le GEC. «Des sources proches du gouvernement des États-Unis ont également confirmé que Zein avait envoyé de l'argent aux ADF», assure le GEC. En visite à Washington début avril, le nouveau président congolais Félix Tshisekedi a agité la «menace islamiste» pour consolider l'appui que lui apporte les États-Unis. Il a dit redouter que les djihadistes vaincus en Irak et en Syrie ne viennent «se redéployer» en RDC. Un discours convenu, pour le chercheur français Thierry Vircoulon: l'islam radical dans la région est une «menace utile» pour «les régimes dictatoriaux qui ont besoin de justifier leur répression interne et de s'attirer les bonnes grâces des puissances du Nord», écrivait-il avant l'élection de M. Tshisekedi, à la fin des années Kabila.

(L'essentiel/afp)