Coup de force du président

29 juillet 2021 07:43; Act: 29.07.2021 11:29 Print

La Tunisie dans l'attente d'un gouvernement

Après le coup de force du président tunisien, qui s’est octroyé le pouvoir exécutif et a suspendu le Parlement, les appels se multiplient pour la mise en place d’un gouvernement.

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Le président tunisien Kaïs Saïed à Tunis, le 26 juillet 2021. (photo: AFP)

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Le président Kaïs Saïed a argué des «périls imminents» auxquels était confrontée la Tunisie, plongée depuis des mois dans une profonde crise politique, pour justifier sa prise de pouvoir dimanche. Il a limogé le Premier ministre Hichem Mechichi, très critiqué pour sa gestion de l’épidémie de Covid-19 qui a laissé la Tunisie à court d’oxygène et débordée par un pic d’hospitalisations, indiquant qu’il exercerait le pouvoir exécutif avec «l’aide d’un gouvernement» dont il devait nommer le chef.

D’influentes ONG tunisiennes ont mis en garde contre tout prolongement «illégitime» de la suspension du Parlement tandis que Paris a appelé mercredi à la «nomination rapide» d’un Premier ministre. «Le président Saied est devant un grand défi: montrer aux Tunisiens et au monde qu’il a pris les bonnes décisions», souligne le politologue Slaheddine Jourchi. Kaïs Saied a présidé mercredi une réunion des cadres de l’armée et de la police, sans qu’aucune décision ne soit annoncée.

Calendrier détaillé

Depuis dimanche, le président tunisien a démis de leurs fonctions une série de conseillers gouvernementaux et chargés de missions auprès du Premier ministre, puis écarté le procureur général de la justice militaire ainsi que les ministres de la Défense et de la Justice après s’être attribué le pouvoir judiciaire dans le cadre des mesures exceptionnelles.

Il a assuré qu’il était attaché aux libertés publiques, et ferait en sorte de les protéger. Mercredi soir, la présidence a limogé le PDG de la chaîne de télévision nationale, Laassad Dhahech, accusé d’avoir tenté de semer le trouble en limitant l’accès de la chaîne à un militant des droits de l’homme et une représentante du syndicat des journalistes.

S’il a été salué par de nombreux Tunisiens exaspérés par les luttes de pouvoir au Parlement en pleine crise sociale et sanitaire, ce coup de force suscite également de l’inquiétude en Tunisie comme à l’étranger. Plusieurs organisations de la société civile, influentes dans le seul pays à poursuivre sa démocratisation après la vague de soulèvement des Printemps arabes en 2011, ont plaidé en faveur d’une feuille de route avec un calendrier détaillé.

La décision dimanche de suspendre le Parlement et de démettre le Premier ministre faisait suite à des manifestations ayant éclaté le jour même à travers la Tunisie contre le gouvernement, principalement contre sa gestion de la crise sanitaire après une nouvelle flambée des cas. Les milliers de protestataires réclamaient notamment «la dissolution du Parlement».

(L'essentiel/AFP)