Diplomatie

29 juillet 2021 08:24; Act: 29.07.2021 14:10 Print

La Turquie veut protéger l’aéroport de Kaboul

Après le retrait des forces américaines d’Afghanistan, la Turquie tente d’améliorer ses relations avec les États-Unis, en prenant en charge la sécurisation de l’aéroport de Kaboul.

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Le président turc Recep Tayyip Erdogan et le président américain Joe Biden, lors de leur première rencontre au sommet de l’Otan, à Bruxelles, le 14 juin 2021. (photo: AFP)

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La Turquie tente d’améliorer ses relations tendues avec les États-Unis en prenant en charge la sécurisation de l’aéroport de Kaboul après le retrait des forces américaines d’Afghanistan, une offre non sans risque selon des experts. Assurer la protection de l’aéroport de Kaboul est devenu un problème majeur après l’annonce par le président américain Joe Biden de la fin de vingt années de présence des troupes américaines sur le sol afghan à partir d’août.

L’aéroport international Hamid Karzai offre un lieu sûr pour le transport des employés des ambassades et l’acheminement de l’aide humanitaire. Sa chute pourrait largement couper l’Afghanistan du reste du monde. La proposition surprise d’Ankara de prendre en charge la sécurisation de l’aéroport a donné l’occasion au président turc Recep Tayyip Erdogan de nouer des relations avec Joe Biden lors de leur première rencontre au sommet de l’OTAN en juin.

«Intérêt direct»

Cette offre répond à deux objectifs du chef de l’État turc: resserrer les liens en froid avec les alliés occidentaux et éviter un afflux de réfugiés en maintenant les routes d’aide ouvertes. «La Turquie a un intérêt direct dans la stabilité de l’Afghanistan», a déclaré Magdalena Kirchner, directrice pour ce pays de la fondation allemande Friedrich-Ebert-Stiftung.

Les autorités turques souhaitent mettre en avant les aspects humanitaires plutôt que diplomatiques de la mission. «Notre objectif est de faire en sorte que l’Afghanistan ne soit pas fermé au monde extérieur», a affirmé une source diplomatique turque. Selon les Nations unies, 18 millions de personnes – soit la moitié de la population afghane – ont besoin d’aide tandis que la moitié des enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition aiguë.

«Regagner les faveurs»

Si Washington considère toujours la Turquie comme un important allié, les relations ont été entravées par des désaccords, notamment à propos de l’acquisition par Ankara d’un système de défense antimissile russe. Washington a sanctionné Ankara pour cette acquisition en 2020. «Le principal facteur derrière la proposition d’Ankara est lié aux relations turco-américaines: Ankara espère regagner les faveurs de Washington après une série de crises diplomatiques», a écrit l’analyste Salim Cevik dans un article pour le groupe de réflexion allemand SWP.

La source diplomatique turque a refusé de donner des détails sur ce qu’Ankara espérait de Washington en échange de sa présence continue en Afghanistan. Le président turc a affirmé que la Turquie avait besoin du soutien logistique et du financement des États-Unis. Les pourparlers continuent à huis clos entre des responsables militaires. Recep Tayyip Erdogan a également évoqué une éventuelle participation hongroise et pakistanaise à la mission.

«Nous vous faisons confiance»

Ankara mène aussi des discussions avec les talibans dans l’espoir de trouver un accord qui pourrait empêcher les troupes turques de devenir une cible pour le mouvement islamiste. Les talibans ont publiquement qualifié de «répréhensible» l’idée d’une présence militaire turque à Kaboul. «Les ambitions turques de rester engagées malgré le retrait américain semblent réelles, mais comportent des risques pour la protection de leurs forces en cas d’escalade de la violence», a estimé Magdalena Kirchner.

Les responsables turcs demeurent cependant optimistes. «Dans nos discussions avec les talibans, ils disent: nous vous faisons confiance, nous savons que vous n’avez pas d’agenda caché», a déclaré la source diplomatique turque. La Turquie a environ 500 soldats en Afghanistan dans le cadre d’une mission non-combattante dirigée par l’OTAN, dont le retrait est presque terminé.

(L'essentiel/AFP)