Langue française

21 juin 2021 07:21; Act: 21.06.2021 11:32 Print

Le débat: quel est le féminin du mot «auteur»?

La langue de Molière est en constante mutation. Mais pour la féminisation de certains noms, elle peine à évoluer. Dit-on auteure, autrice, écrivaine ou femme de lettres?

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On pense que la langue doit être régentée d’en haut, alors qu’en réalité elle évolue depuis le bas (photo d’illustration). (photo: AFP)

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Quand une femme publie un livre, est-elle auteure ou autrice? Écrivain, écrivaine, femme de lettres? Ou simplement romancière, essayiste? La question, qui n’est pas tranchée, révèle les difficultés de l’indispensable féminisation de la littérature française. «Femmes de lettres, 101 auteures essentielles», proclame le magazine Lire à la une d’un hors-série paru vendredi.

Mais dans ce même numéro, le journaliste qui s’est entretenu avec Elfriede Jelinek prend le contre-pied: «Oui, je suis une autrice comique», dit l’Autrichienne, prix Nobel de littérature 2004.

Extrêmement rare avant 1990, préconisé d’abord au Canada, «auteure» a été adopté en 1999 par le «Guide d’aide à la féminisation des noms de métiers, titres, grades et fonctions» du CNRS. Puis reconnu par l’Académie française 20 ans plus tard.

Il subit aujourd’hui la concurrence de plus en plus forte d’«autrice» (comme actrice, rédactrice, etc.), qui revient à notre époque après un long sommeil. «Nous sommes encore dans une période de transition. L’Académie l’observe», déclarait en 2019 l’académicienne Dominique Bona, interrogée par Libération. L’institution, dans un rapport sur la féminisation signé de quatre membres, trouvait quant à elle du mérite à «auteur» pour une femme, en le rapprochant du cas de «médecin».

Pas de consensus

La question n’est pas nouvelle. Jules Renard, dans son journal le 6 mars 1905, note (avant des piques misogynes dont il est coutumier): «Les femmes cherchent un féminin à auteur». Dans ce même numéro de «Lire», qui rend hommage à Virginia Woolf, Madeleine de Scudéry ou Toni Morrison, on lit que «37% des écrivains sont des écrivaines». Un mot qui ne fait pas encore l’unanimité.

Christine Angot, par exemple, tient à celui d’écrivain. «Moi je suis écrivain, je suis pas écrivaine. Pourquoi? (...) Parce que quand je dis que je suis écrivain, voyez, dans la tête des gens, il y a quoi? Il y a quelqu’un en train d’écrire. Et quand je dis que je suis écrivaine, on dit: tiens, elle dit écrivaine!», lançait-elle à la télévision en 2017, agacée que l’universitaire et femme politique Sandrine Rousseau écrive «auteure».

Si elle s’est accélérée à notre siècle, l’évolution a été extrêmement lente au XXe. Françoise Sagan, Marguerite Yourcenar ou Simone de Beauvoir n’ont probablement jamais eu l’occasion d’entendre qu’elles étaient autrice ou écrivaine, termes dénoncés de leur vivant comme des barbarismes.

La langue évolue depuis «le bas»

«L’insécurité linguistique en France est très forte, avec cette peur de ne pas parler comme il faut. Et les Français pensent que la langue doit être régentée d’en haut, alors qu’en réalité elle évolue depuis le bas», explique à l’AFP Véronique Perry, linguiste de l’université de Toulouse Paul-Sabatier.

Elle préfère à titre personnel auteure, mais insiste pour «que chacun, chacune soit libre de se désigner selon sa préférence. Écrivain ou écrivaine: on n’a pas à reprendre les gens quand ils parlent d’eux-mêmes!» Eliane Viennot, historienne de la langue française, défend autrice avec ferveur. «C’est le mot qui est en train de gagner, et je parie que dans cinq ans très peu de gens écriront encore auteure», affirme-t-elle à l’AFP.

«Désapprobation publique»

Ce retour en grâce suit des siècles de répression des féminins par l’Académie française. «Il y a des domaines marqués comme masculins: l’écriture, la parole publique, la philosophie... L’idée qui a été vendue aux femmes, et à laquelle elles ont dû se plier, c’était que là, comme en politique, il valait mieux penser au masculin», dit celle qui signe «professeuse émérite». «Longtemps on leur a refusé le nom qu’il faut. Et même si elles écrivaient autant que les hommes, c’était face à la désapprobation publique.»

Le plafond de verre, dans un secteur de l’édition très féminin (74% des emplois en 2016, selon le dernier rapport social de branche), existe toujours. Depuis 2000, les hommes ont raflé 18 Prix Goncourt et 14 Prix Nobel de littérature sur 21.

(L'essentiel/AFPE)

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Les commentaires les plus populaires

  • Paw123 le 21.06.2021 07:52 Report dénoncer ce commentaire

    Je pense qu'il y a déjà assez des problèmes dans le monde pour en créer d'autres

  • TontonB le 21.06.2021 08:08 Report dénoncer ce commentaire

    A-t-on besoin de changer l'orthographe des substantifs ? Il suffit de lui donner les deux genres et d'accorder les articles et adjectifs et autres en conséquence ... exemple ... l'auteur est publié pour un homme, l'auteur est publiée pour une femme. Un auteur, une auteur. Pourquoi toujours chercher des problèmes où il n'y en a pas ?

  • Le Lettré le 21.06.2021 09:15 Report dénoncer ce commentaire

    On dit auteur aussi pour une femme en précisant s'il s'agit d'un homme ou d'une femme. Pourquoi exagérer la complication.

Les derniers commentaires

  • Duchesse de Montmiraille le 21.06.2021 15:26 Report dénoncer ce commentaire

    Tous nos fidèles et nombreux "lecteurs" d'URSS/Russie oubliaient de dire que dans langues des Slaves, c'était plus facile faire le féminin des noms!

  • Eliane S le 21.06.2021 15:24 Report dénoncer ce commentaire

    Alors moi je suis une auteure de romans policiers. Comme je n'aime pas le mot autrice, cela me va très bien:-) même si ce n'est pas correct, désolée. Il y a des choses plus graves sur terre.

  • Voilà le 21.06.2021 14:05 Report dénoncer ce commentaire

    Ceux qui ont comme priorité cette masturbation pseudo intellectuelle n'ont rien d' autre à faire...

  • prune53 le 21.06.2021 13:49 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Marre de ces changements ! On garde les noms masculins, c’est tout !

  • zen54 le 21.06.2021 13:29 Report dénoncer ce commentaire

    En France on confond féminisation et égalité des sexes et tant que ce sera comme ça, ce sera compliqué. Tout le monde y va de sa touche personnelle en essayant d'imposer sa vision. L'orthographe n'a absolument rien à voir avec le problème.