Manifestations

02 juin 2018 13:27; Act: 02.06.2018 13:30 Print

Le Nicaragua enterre ses morts

Les 16 dernières victimes des manifestations étaient enterrées vendredi. Le gouvernement refuse toujours tout dialogue.

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Secoué depuis plus d'un mois par des manifestations meurtrières, le Nicaragua a enterré vendredi les 16 dernières victimes de cette vague de contestation, tandis que semble s'éloigner la possibilité d'un dialogue entre le gouvernement et l'opposition.

«Mon Dieu, apaise mon cœur, jamais je n'aurais imaginé cela», sanglotait Yadira Cordoba, la mère d'Orlando, 14 ans, décédé d'une balle dans la poitrine à Managua durant une marche de soutien aux mères dont les enfants ont été tués dans les manifestations précédentes. Au milieu des pleurs et des prières, la dépouille du jeune a été recouverte d'un foulard bleu et blanc où l'on pouvait lire «la patrie libre». Son maillot de football, signé par ses co-équipiers, a également été déposé dans le cercueil.

Armando Reyes, ancien guérillero sandiniste et actuel officier de police, a également perdu son fils Francisco, 34 ans, abattu d'une balle dans la tête durant cette manifestation. «Il a été tué impunément, ce sont des assassins», a dénoncé en pleurs sa mère, Guillermina Zapata, 63 ans. «Ce n'est pas un chien qui a été abattu», a lâché de son côté son père, qui a présenté sa démission à la police.

«On se serait cru en guerre»

Les scènes de douleur se répétaient aux funérailles de 15 autres familles à travers le pays. Ces personnes ont été victimes de ce que l'Alliance civique, qui regroupe l'opposition, a qualifié de «pire massacre» depuis le début des protestations antigouvernementales le 18 avril. Outre ces morts, les heurts de mercredi et jeudi entre partisans et adversaires du président Daniel Ortega, un ex-guérillero de 72 ans, ont fait 88 blessés, selon le Centre nicaraguayen des droits de l'homme (Cenidh).

Il s'agit d'un des affrontements de rue les plus violents depuis la mi-avril, assure cette ONG, qui accuse les hommes de main à la solde du pouvoir d'être les «agresseurs». Le Cenidh a dénombré 16 morts, la police 15, un bilan qui porte à une centaine le nombre de tués depuis avril. «On n'entendait plus que les tirs, c'était la panique, on se serait cru en guerre», raconte, encore terrifiée, Julieth Hernandez, une habitante de Managua.

Héros de la révolution sandiniste qui avait renversé la dictature en 1979, Daniel Ortega voit le vent tourner contre lui depuis la mi-avril. Il est confronté à une vague de contestation sans précédent, déclenchée par une réforme des retraites abandonnée depuis, mais qui a vite tourné à un mouvement général de rejet du chef de l'État, accusé de confisquer le pouvoir - il dirige le Nicaragua depuis 2007, après un premier passage de 1979 à 1990 - et de brider les libertés.

(L'essentiel/afp)