Glyphosate

09 juillet 2018 08:06; Act: 09.07.2018 10:30 Print

Le premier procès du Roundup va démarrer

Un tribunal américain se penche à partir de lundi, sur la dangerosité du désherbant au glyphosate de Monsanto.

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Le Roundup est-il cancérigène? Monsanto a-t-il volontairement caché la dangerosité de son désherbant au glyphosate? Telles sont les questions qu'un tribunal américain va devoir examiner à partir de lundi, saisi par un particulier atteint d'un cancer en phase terminale. Si des centaines voire des milliers de procédures sont en cours aux États-Unis contre le géant de l'agrochimie, la plainte de Dewayne Johnson, un Américain de 46 ans qui a vaporisé du Roundup pendant plus de deux ans, est la première concernant ce produit et ses possibles effets cancérigènes à aboutir à un procès.

Vendu depuis plus de 40 ans, le Roundup, l'un des herbicides les plus utilisés au monde, contient du glyphosate, une substance très controversée et qui fait l'objet d'études scientifiques contradictoires quant à son caractère cancérigène. Monsanto, qui risque des millions de dollars de dommages et intérêts dans ce seul dossier, a toujours fermement réfuté tout lien entre cancer et glyphosate.

Dewayne Johnson «se bat pour sa vie» après avoir été diagnostiqué il y a deux ans d'un lymphome non hodgkinien, incurable, explique l'un de ses avocats David Dickens, du cabinet Miller, spécialisé dans la défense de particuliers s'estimant victimes de produits défectueux. «Ce n'est pas la faute à pas de chance», ce n'est pas dû à un problème «génétique», «c'est à cause de son exposition continue au Roundup et au Ranger Pro» (produit similaire de Monsanto), qu'il a vaporisés entre 2012 et 2014 sur des terrains scolaires de la ville de Benicia, en Californie (ouest), assure Me Dickens. «Et cela aurait pu être évité», assène encore l'avocat, accusant Monsanto, qui vient d'être racheté par l'allemand Bayer, d'avoir sciemment caché au public la dangerosité de ses produits.

Décisions contradictoires

Les avocats de M. Johnson n'ont pas encore fixé les sommes qu'ils comptent demander mais évoquent un «jugement à plusieurs millions de dollars». Mais la partie ne sera pas aisée pour Dewayne Johnson, dont les avocats devront prouver un lien entre sa maladie, qui lui cause de nombreuses lésions cutanées sur le corps, et l'épandage de glyphosate. La question est «est-ce que l'exposition de M. Johnson au glyphosate a provoqué son cancer? Cela n'a pas causé son cancer», affirme Sandra Edwards, du cabinet Farrella, Braun and Martel, l'une des avocates de Monsanto.

Pendant ce procès, «vous verrez beaucoup de données et de science», relève-t-elle aussi, soulignant qu'il y a eu «des études qui ont suivi pendant des années et des années des gens qui ont utilisé ces produits», sans conclure qu'ils provoquaient des cancers. «Légalement, il est extrêmement difficile de rendre une entreprise responsable de cas spécifiques de cancer ou autres maladies liées aux pesticides», reconnaît Linda Wells de l'ONG anti-pesticides «Pesticide Action Network North America». Mais «si M. Johnson gagne ce procès, ce sera un énorme coup porté à l'industrie des pesticides tout entière», ajoute Mme Wells.

(L'essentiel/afp)