Israël/Palestine

02 juillet 2020 15:20; Act: 02.07.2020 15:30 Print

Le projet d’annexion unit les frères ennemis

Déchirés depuis plus de dix ans sur la politique intérieure, le Hamas islamiste et le Fatah laïc s’unissent pour dire non à Israël.

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Les frères ennemis palestiniens du Fatah et du Hamas ont pris la parole conjointement jeudi en visioconférence contre le projet israélien d'annexion en Cisjordanie, pendant que le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, consulte responsables américains et sécuritaires pour établir son plan d'action. Le projet israélien rapprochera-t-il le Fatah laïc et le Hamas islamiste après plus d'une décennie de divisions intestines?

Les deux formations, la première au pouvoir en Cisjordanie et la seconde dans la bande de Gaza, sont à couteaux tirés depuis 2007, année où le Hamas a pris le contrôle de l'enclave palestinienne au terme d'une quasi guerre civile, un an après avoir remporté les législatives. Depuis, tous les efforts de réconciliation ont échoué.

Pour l'analyste palestinien Ghassan Khatib, la conférence de presse conjointe est «significative en soi car elle montre l'importance de la question de l'annexion aux yeux de Palestiniens de tendances politiques différentes». Le Hamas et le Fatah considèrent qu'il s'agit d'un projet «très dangereux» et «assez important pour mettre de côté leurs différences», estime M. Khatib.

Le mouvement islamiste avait récemment appelé à «l'union de la classe politique» palestinienne face au plan américain pour le Proche-Orient, rejeté en bloc par les Palestiniens dès sa présentation fin janvier et également dénoncé par l'ONU, les Européens et la Ligue arabe.

Le plan américain prévoit l'annexion par Israël de colonies et de la vallée du Jourdain en Cisjordanie, territoire occupé depuis 1967 par Israël, et la création d'un État palestinien démilitarisé sur un territoire restreint avec la Cisjordanie et la bande de Gaza, distantes d'une cinquantaine de km, reliées par un corridor.

«Nous appelons à confronter le projet d'annexion par la résistance sous toutes ses formes et nous appelons notre peuple à transformer cette épreuve en opportunité pour remettre le projet palestinien sur les rails», avait affirmé à la mi-juin un haut responsable du Hamas, Salah al-Bardawil. «Il n'y a pas de place pour un monopole, l'exclusion où la domination au sein du leadership palestinien», avait-il dit.

Tensions avec Washington?

Côté israélien, le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, multiplie les consultations avec des responsables américains et le gotha sécuritaire sur son projet d'annexion, lui qui avait jugé comme étant une «opportunité historique» le plan de son proche allié, le président américain Donald Trump. D'après l'accord de gouvernement d'union signé ce printemps, Israël peut en principe se prononcer depuis mercredi sur la mise en œuvre du plan Trump.

M. Netanyahu a rencontré cette semaine à Jérusalem Avi Berkowitz, conseiller spécial de Donald Trump, et David Friedman, ambassadeur américain en Israël, et «poursuit ses discussions avec les Américains», mais aussi avec de hauts responsables militaires et du renseignement, selon ses services. «Il semblerait qu'une partie des discussions (avec les Américains) porte sur des gestes envers les Palestiniens», explique à l'AFP Daniel Shapiro, ambassadeur en Israël sous l'ancien président américain Barack Obama.

«Ces mesures sont difficiles à avaler pour Netanyahu à cause de sa base électorale qui souhaite une annexion encore plus vaste, avec moins de coordination avec les autres acteurs concernés, le plus tôt possible et sans donner quoi que ce soit aux Palestiniens», précise M. Shapiro. «Je pense qu'il y a des tensions entre Netanyahu et la Maison Blanche sur ce sujet», observe-t-il.

(L'essentiel/afp)