Brésil

15 septembre 2018 17:49; Act: 15.09.2018 17:54 Print

Le retour des militaires en politique inquiète

Le nombre de candidats issus de l'armée à la présidentielle et à l'élection des gouverneurs a presque doublé au Brésil. La situation suscite des inquiétudes.

Sur ce sujet
Une faute?

Un ex-capitaine de l'armée en tête des intentions de vote, le commandant en chef qui sort de sa réserve: les militaires ont rarement été aussi présents dans le débat politique au Brésil, à moins d'un mois d'une élection particulièrement incertaine. Le nombre de candidats issus de l'armée à la présidentielle et à l'élection des gouverneurs a presque doublé par rapport au dernier scrutin, il y a quatre ans, passant de 13 à 25, selon un recensement du quotidien Estado de S. Paulo. Cette nouvelle donne interpelle dans un pays qui porte encore les stigmates de la dictature militaire (1965-1984).

«Après la dictature, les militaires sont restés longtemps sur la défensive, mais à présent ils sont plus visibles», constate Nelson Düring, directeur du site spécialisé dans les affaires de défense Defesanet. Le candidat d'extrême droite Jair Bolsonaro, favori des sondages pour le premier tour du 7 octobre, affiche sans complexe sa nostalgie des années de plomb, faisant même l'éloge de tortionnaires notoires.

«Imposer une solution»

Ce n'est pas par hasard qu'il a choisi comme colistier pour la vice-présidence un général de réserve, Hamilton Mourao, autre figure éminemment polémique. Il a également promis de nommer six généraux à son gouvernement s'il était élu.

Le général Mourao avait défrayé la chronique en affirmant en 2017 que si la situation politique continuait de se dégrader, l'armée serait obligée d'«imposer une solution». Il est amené à se retrouver en première ligne, après l'attaque au couteau dont son chef de file a été victime il y a une semaine. Hospitalisé dans un état grave après avoir été poignardé lors d'un bain de foule, Jair Bolsonaro, 63 ans, risque d'être incapable de faire campagne jusqu'au premier tour, voire au-delà.

«Intolérance généralisée»

Cet attentat a poussé le commandant en chef des armées, le général Eduardo Villas Boas, à s'immiscer dans le débat public d'une façon inédite qui a choqué de nombreux Brésiliens. Dans un entretien au journal Estado de S. Paulo, il a affirmé que le climat «d'intolérance généralisée» pouvait même «remettre en cause la légitimité du prochain gouvernement».

Il s'est également attaqué de front à l'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva, incarcéré pour corruption. Il a aussi qualifié de «tentative d'atteinte à la souveraineté» le fait que l'ONU ait demandé au Brésil de l'autoriser à se présenter.

«Imprudence en uniforme»

Dans un éditorial intitulé «imprudence en uniforme», le quotidien de référence Folha de S. Paulo a souligné mardi que «ces déclarations confuses ne contribuaient en rien à apaiser» la situation. Le candidat de centre gauche Ciro Gomes, en deuxième position des sondages pour le premier tour, est allé plus loin en affirmant mardi au journal O Globo que, s'il avait été président, le chef de l'armée aurait été «limogé et mis en prison».

Pour David Fleischer, professeur de sciences politiques à l'Université de Brasilia, la «perte de crédibilité» du président actuel Michel Temer, en fin de mandat et fragilisé par de graves accusations de corruption, «a pu contribuer» au fait que le général sorte de sa réserve.

«Voie démocratique»

Pour lui, «la visibilité des militaires a beaucoup augmenté ces dernières années parce que le gouvernement Temer a déployé les troupes à plusieurs reprises», pour des missions de maintien de l'ordre. Sans compter la décision emblématique de confier en février à l'armée le commandement des forces de sécurité d'un l'État de Rio de Janeiro débordées par la violence.

Pour Sergio Praça, professeur de la Fondation Getulio Vargas, de nombreux Brésiliens lassés des scandales à répétition sont à l'écoute d'un «discours selon lequel les militaires sont moins corrompus et peuvent apporter l'ordre, la paix et la sécurité». Dans un pays déboussolé, une partie de la population apparaît favorable à une «intervention militaire», mais Sergio Praça ne croit pas en la possibilité d'un nouveau coup d'État de l'armée. «Nous sommes très loin de la situation de 1964. De nos jours, les militaires s'impliquent dans la politique par la voie démocratique», assure-t-il.

(L'essentiel)

Vous venez de publier un commentaire sur notre site et nous vous en remercions. Les messages sont vérifiés avant publication. Afin de s’assurer de la publication de votre message, vous devez cependant respecter certains points.

«Mon commentaire n’a pas été publié, pourquoi?»

Notre équipe doit traiter plusieurs milliers de commentaires chaque jour. Il peut y avoir un certain délai entre le moment où vous l’envoyez et le moment où notre équipe le valide. Si votre message n’a pas été publié après plus de 72h d’attente, il peut avoir été jugé inapproprié. L’essentiel se réserve le droit de ne pas publier un message sans préavis ni justification. A l’inverse, vous pouvez nous contacter pour supprimer un message que vous avez envoyé.

«Comment s’assurer de la validation de mon message?»

Votre message doit respecter la législation en vigueur et ne pas contenir d’incitation à la haine ou de discrimination, d’insultes, de messages racistes ou haineux, homophobes ou stigmatisants. Vous devez aussi respecter le droit d’auteur et le copyright. Les commentaires doivent être rédigés en français, luxembourgeois, allemand ou anglais, et d’une façon compréhensible par tous. Les messages avec des abus de ponctuation, majuscules ou langages SMS sont interdits. Les messages hors-sujet avec l’article seront également supprimés.

Je ne suis pas d’accord avec votre modération, que dois-je faire?

Dans votre commentaire, toute référence à une décision de modération ou question à l’équipe sera supprimée. De plus, les commentateurs doivent respecter les autres internautes tout comme les journalistes de la rédaction. Tout message agressif ou attaque personnelle envers un membre de la communauté sera donc supprimé. Si malgré tout, vous estimez que votre commentaire a été injustement supprimé, vous pouvez nous contacter sur Facebook ou par mail sur feedback@lessentiel.lu Enfin, si vous estimez qu’un message publié est contraire à cette charte, utilisez le bouton d’alerte associé au message litigieux.

«Ai-je le droit de faire de la promotion pour mes activités ou mes croyances?»

Les liens commerciaux et messages publicitaires seront supprimés des commentaires. L’équipe de modération ne tolérera aucun message de prosélytisme, que ce soit pour un parti politique, une religion ou une croyance. Enfin, ne communiquez pas d’informations personnelles dans vos pseudos ou messages (numéro de téléphone, nom de famille, email etc).

L'espace commentaires a été désactivé
L'espace commentaires des articles de plus de 48 heures a été désactivé en raison du très grand nombre de commentaires que nous devons valider sur des sujets plus récents. Merci de votre compréhension.