Putsch au Soudan

28 octobre 2021 07:28; Act: 28.10.2021 12:00 Print

Les arrestations d’opposants se multiplient

Les militaires qui ont pris le pouvoir au Soudan tentent d’en finir avec les manifestations en arrêtant les militants opposés au coup d’État.

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Les forces de sécurité ont fait usage de lacrymogènes et de balles en caoutchouc. (photo: AFP)

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Les forces de sécurité soudanaises ont multiplié mercredi les arrestations de militants et manifestants pour tenter d’en finir avec l’opposition au coup d’État du général Abdel Fattah al-Burhane. En fin de journée, elles ont affronté des manifestants décidés à maintenir les barricades de leur «grève générale».

Des heurts ont eu lieu notamment dans le très remuant quartier de Bourri, dans l’est de Khartoum où des centaines de manifestants ont jeté des pierres, ou dans la banlieue de Khartoum-Nord où les forces de sécurité ont fait usage de lacrymogènes et de balles en caoutchouc, ont constaté des correspondants de l’AFP.

Dans la soirée, le ministère de l’Information, fidèle au gouvernement déchu, a déclaré dans un communiqué que les forces de sécurité resserraient leur contrôle sur la capitale: «Des quartiers et des rues ont été bloqués par des véhicules blindés et des hommes portant des fusils» et «des femmes ont été traînées» au sol. Il a également exhorté la communauté internationale à enquêter sur les violations contre les manifestants pacifiques.

Pression sur l’armée

À l’étranger, l’Union africaine et la Banque mondiale ont fait monter la pression sur l’armée: la première a suspendu le Soudan de ses institutions et la seconde a cessé son aide, vitale pour ce pays pauvre plongé dans le marasme économique et miné par les conflits.

Et à l’ONU, le porte-parole Stéphane Dujarric a indiqué que l’émissaire des Nations unies au Soudan, Volker Perthes, avait rencontré mercredi le général Burhane et le Premier ministre Abdallah Hamdok qui «n’est pas libre de ses mouvements». Volker Perthes «a réaffirmé» au général Burhane que l’ONU réclamait «un retour au processus de transition» et «bien sûr une libération immédiate de tous ceux qui ont été arbitrairement arrêtés».

«Sous surveillance étroite»

L’armée a autorisé le retour mardi chez lui à Khartoum d’Abdallah Hamdok, arrêté après le putsch lundi avec la plupart des civils qui composaient le pouvoir de transition. Mais il reste «sous surveillance étroite» selon son bureau. «Hamdok n’a pas pu communiquer ou rencontrer ses partisans politiques», a ajouté le ministère de l’Information.

Le musellement de l’opposition s’est renforcé, l’un des leaders du plus grand parti du Soudan, l’Oumma, ayant été arrêté ainsi que des militants et manifestants à Khartoum. Quatre protestataires ont été tués et plus de 80 blessés lundi par des tirs des troupes, selon des médecins.

À Khartoum, des pick-up tournent avec des membres des forces de sécurité, tous armés mais en habits civils. «On dirait exactement les forces de sécurité de Béchir», affirme Hanaa Hassan, une manifestante, en allusion au général Omar el-Béchir, qui après un coup d’État en 1989 a régné pendant 30 ans sans partage.

«Heures sombres»

Les militants ont appelé sur les réseaux sociaux à une «manifestation d’un million de personnes» samedi. Pour tenter d’expliquer son coup de force, le général Burhane avait invoqué mardi le risque de «guerre civile». Mais les ambassadeurs occidentaux ont répété que, pour eux, «Abdallah Hamdok est toujours le Premier ministre et son gouvernement le pouvoir constitutionnel».

Abdallah Hamdok, visage civil de la transition au Soudan, a parlé mardi avec le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken et mercredi avec le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell. «Nous ne voulons pas que le Soudan retourne aux heures sombres de son histoire», a tweeté Josep Borrell. Khartoum venait tout juste de retrouver sa place dans le concert des nations après la mise à l’écart d’Omar el-Béchir en 2019.

(L'essentiel/AFP)