Au Yémen

03 août 2018 09:56; Act: 03.08.2018 10:08 Print

Les débris de la guerre transformés en poignards

Le poignard à lame recourbé, ou «Jambiya», est un accessoire incontournable dont la plus récente version est forgée dans les débris de la guerre qui déchire le pays.

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Pour un poignard fait à partir de débris, le prix peut atteindre, selon les forgerons, 20 000 rials yéménites (68 euros). (photo: AFP/Essa Ahmed)

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Ce sont les restes en métal de missiles, d'obus et de bombes qui remplacent l'acier des lames de poignards et décorent les gardes - ces rebords placés entre la lame et la poignée afin de protéger la main - dans les ateliers de forgerons d'Al Hajja, capitale de la province du même nom, dans l'ouest du pays. Le conflit au Yémen oppose depuis 2015 les rebelles Houthis, basés principalement dans le nord du territoire et appuyés par l'Iran, au gouvernement du président Abd Rabbo Mansour Hadi, soutenu par une large coalition militaire menée par l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis.

Le Jambiya est un indicateur de la classe sociale de son porteur. Son prix peut atteindre le million de dollars quand sa garde est faite de corne de rhinocéros ou de bois rare et qu'elle est décorée de diamants ou d'autres pierres précieuses. Depuis le début de la guerre, les débris ramassés après les nombreux raids aériens et bombardements servent à confectionner sabres, couteaux et poignards, indique Mohammed Haradhi, forgeron depuis 45 ans.

«Un souvenir matériel de la guerre»

«Des métaux pas chers et d'excellente qualité», affirme-t-il en tapant avec un marteau sur une lame tout droit sortie d'un brasero. Selon lui, les gros débris peuvent même servir à fabriquer les socs des charrues utilisées dans l'agriculture. Le recyclage des débris est né de la rareté de l'acier dans un pays en guerre où l'importation de nombreux produits devient difficile, explique Ali Khabas, un habitant d'Al Hajja.

«De la nécessité naît l'invention», fait-il remarquer. «On va ramasser les débris sur place ou on les achète au kilo», précise un autre forgeron, Yahia Hussein, qui souligne combien ce commerce a du succès. Un autre habitant explique que les débris sont particulièrement abondants à Al Hajja car la région connaît d'intenses opérations militaires. «Certains achètent les Jambiya forgés dans ces matériaux pour les porter, d'autres pour en faire des objets de décoration et d'autres encore pour garder un souvenir matériel de la guerre», ajoute-t-il.

Selon lui, la demande reste élevée malgré les difficultés économiques des Yéménites. Si les riches Yéménites peuvent s'offrir de luxueux poignards, les moins favorisés se contentent de copies chinoises qui ont inondé le pays ces dernières années. Pour un poignard fait à partir de débris, le prix peut atteindre, selon les forgerons, 20 000 rials yéménites (68 euros).

(L'essentiel/afp)