Élections en Inde

19 mai 2014 10:04; Act: 19.05.2014 13:19 Print

Les nationalistes hindous célèbrent leur succès

Les militants du parti BJP, sorti grand vainqueur des législatives en Inde, se montrent particulièrement fiers de leur victoire. Ils défendent une vision intransigeante de la culture hindoue.

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Le BJP et son dirigeant Arun Jaitley (à droite) devront satisfaire leurs promesses électorales, centrées sur la croissance et l'emploi. (photo: AFP)

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De jeunes hommes s'inclinent respectueusement devant le mémorial d'un ancien dirigeant du RSS, le mouvement revendiquant une conception intransigeante de la culture hindoue, et disent leur «fierté» de voir l'un des leurs, Narendra Modi, accéder au pouvoir en Inde. À Nagpur, dans le centre de l'Inde, ils rendent hommage à Madhav Golwakar, le second chef du Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS), le creuset intellectuel du parti nationaliste hindou, large vainqueur des législatives en Inde. En 1938, Gowalkar déclarait que les non-hindous présents en Inde devaient adopter la culture, la langue et la religion hindoues: «Ils doivent cesser d'être des étrangers ou alors rester dans le pays, soumis à la nation hindoue, sans rien revendiquer ni mériter de privilège et encore moins de traitement de faveur».

En Inde, des milliers de militants du RSS ont fait campagne pour Modi et son parti, le Bharatiya Janata Party (BJP), qui a remporté la première majorité absolue pour un seul parti depuis 30 ans. Cet engagement et les liens anciens du RSS avec le BJP suscitent des questions sur l'influence qu'aura le mouvement sur le Premier ministre élu. «Puisque quelqu'un du RSS va devenir Premier ministre, nous espérons qu'il travaillera non seulement pour le pays mais aussi pour le RSS», déclare Rajeev Varma, étudiant ingénieur de 23 ans qui a fait campagne pour Modi. «Bien sûr que nous sommes fiers», ajoute-t-il.

Une communication très secrète, essentiellement orale

Mais les analystes estiment que Modi pourrait décevoir l'organisation et ses quatre millions et demi de membres, conscient que son avenir politique dépendra surtout de ses promesses sur la croissance et l'emploi. «Il doit réussir sur l'économie, c'est à ce propos qu'il sera jugé, estime Christophe Jaffrelot, chercheur spécialiste de l'Inde et du nationalisme hindou. Et s'il échoue à relancer l'économie? L'hindutva (le nationalisme hindou) est le plan B», ajoute le professeur de Sciences Po-Paris et du King's College de Londres.

Le RSS, dont les membres portent short kaki et chapeau noir, se décrit comme une organisation culturelle pour l'amélioration du pays et le renforcement des valeurs hindoues. Ses critiques dénoncent un mouvement aux relents fascistes ayant alimenté les tensions religieuses. Modi s'est engagé au sein du RSS comme volontaire à plein temps à l'âge adulte et l'est resté pendant plus de quinze ans. Il a en particulier fait vœu de célibat. Modi a récemment déclaré que le RSS «devrait être reconnu pour son bon travail». Le groupe est décrit comme le creuset idéologique du BJP, mais ses membres répugnent à entrer dans ce débat. «Leur approche est extrêmement secrète. La plupart de leur communication est orale», explique Kumar Ketkar, analyste politique. «C'est un groupe difficile à comprendre car il ne rentre dans aucun modèle existant d'institution politique, religieuse ou sociale, estime M.G. Vaidya, militant reconnu du RSS, âgé de 91 ans. L'une des valeurs fondamentales de la culture hindoue est la reconnaissance de la pluralité des croyances».

Le RSS interdit trois fois depuis sa création

Ses détracteurs, comme Rupa Kulkarni Bodhi, estiment que le mouvement a un programme bien plus sombre et que le «rêve du RSS et du BJP» est de convertir l'Inde multiconfessionnelle en une nation hindoue. Lors d'une rare conférence de presse juste après les élections, son secrétaire général Suresh Joshi a démenti que le RSS «télécommandait» le nouveau gouvernement. «S'ils nous le demandent, nous leur soumettrons» nos idées, a-t-il cependant dit à l'AFP.

Le RSS a été interdit trois fois depuis sa création, dont une fois après qu'un de ses anciens membres eut assassiné le Mahatma Gandhi en 1948 et après la démolition d'une mosquée en 1992 à Ayodhya qui déclencha des émeutes. Selon Christophe Jaffrelot, Modi en tant que chef de gouvernement évitera de générer des tensions et usera probablement de son influence pour calmer les plus intransigeants des nationalistes hindous.

(L'essentiel/AFP)