Élections en Inde

16 mai 2014 09:14; Act: 16.05.2014 14:16 Print

Les nationalistes hindous en passe de s'imposer

Le parti de Narendra Modi s'apprêtait vendredi à remporter une victoire écrasante aux législatives en Inde, célébrant une «nouvelle ère» après dix ans de pouvoir du parti du Congrès.

storybild

Selon les projections, le BJP dépasserait la majorité absolue des 272 sièges sur 543, et aurait plus de 300 sièges avec ses alliés. (photo: AFP)

Sur ce sujet
Une faute?

Les premiers résultats et les projections des télévisions donnaient en fin de matinée une majorité absolue au parlement pour le Bharatiya Janata Party (BJP) de Modi, une première depuis 30 ans pour un parti seul. Ces projections dépassent toutes les prévisions des sondeurs et les distributions de confiserie et lancers de pétards se multipliaient dans les locaux du BJP dans tout le pays. «C'est le début du changement, la révolution d'un peuple et le début d'une nouvelle ère», a déclaré un dirigeant du BJP, Prakash Javadekar, depuis le siège du parti à New Delhi.

Le parti du Congrès, au pouvoir depuis dix ans et peu habitué à siéger dans l'opposition depuis l'indépendance, a déjà reconnu sa défaite qui pourrait être la plus cinglante de son histoire. «Nous acceptons la défaite. Nous sommes prêts à siéger dans les rangs de l'opposition», a dit le porte-parole et dirigeant du parti, Rajeev Shukla, devant les journalistes au siège du parti. «Modi a promis monts et merveilles à la population. Les gens ont acheté ce rêve», a-t-il ajouté. Selon les projections, le BJP dépasserait la majorité absolue des 272 sièges sur 543, et aurait plus de 300 sièges avec ses alliés.

Optimisme affiché des investisseurs

Modi, fils d'un vendeur de thé de 63 ans, a monopolisé la campagne électorale avec comme message principal la promesse d'incarner un pouvoir fort à même de relancer l'économie indienne tout en gommant son passé de leader nationaliste hindou controversé. Les attentes sont fortes au sein de la population indienne après cette campagne centrée sur la personnalité du candidat du BJP et son bilan économique dans l’État du Gujarat, qu'il dirige depuis 2001. Les marchés boursiers ont encore accéléré dans la perspective d'une nette victoire de Modi, gagnant 5% vendredi après une hausse similaire en début de semaine.

Les investisseurs font preuve d'un optimisme, que certains jugent exagéré, sur sa capacité à sortir l'Inde de ses difficultés: infrastructures défaillantes, inflation galopante, etc. Les grands industriels du pays soutiennent le dirigeant du BJP en raison du bon accueil reçu par les entreprises sur ses terres du Gujarat tandis que son ascension sociale a convaincu une partie de la population qu'il pourrait incarner un pouvoir fort et efficace. Au-delà des nationalistes hindous, il a aussi rallié une partie des plus pauvres qui votaient traditionnellement pour le Congrès et ses programmes sociaux.

Plus de 1 000 personnes tuées dans des émeutes

Les attaques de ses opposants - l'un l'a qualifié de «diable» et de «boucher du Gujarat» - et les mises en garde des minorités religieuses sur les fractures qu'il pourrait créer au sein de la population ne semblent pas avoir fait mouche. «Modi est arrivé au bon moment, alors que la population est gagnée par l'abattement», estime Mohan Guruswamy, du think-tank Centre for Policy Alternatives. La nette défaite devrait chambouler le Congrès et poser la question de la capacité de la famille Gandhi à diriger le pays. À 43 ans, Rahul Gandhi a conduit une campagne jugée terne, incapable de lui donner un élan et les résultats préliminaires ne lui donnaient qu'une faible avance dans sa circonscription.

«Ils ne peuvent pas croire que quelqu'un d'aussi simple que lui puisse les battre», a déclaré la sœur de Modi, Vasantiben Modi, depuis sa petite maison du Gujarat. L'arrivée de Modi au pouvoir constituerait un changement radical pour les grands pays occidentaux qui ont boycotté le dirigeant indien pendant près de dix ans après les émeutes qui ont ensanglanté le Gujarat en 2002. Plus de 1 000 personnes ont été tuées dans ces émeutes, essentiellement des musulmans. Modi a été accusé d'avoir encouragé les violences.

Pendant la campagne, il s'est abstenu de mettre en avant les revendications nationalistes les plus radicales du programme du BJP. «Il sera jugé sur l'économie. Et s'il échoue à relancer l'économie? Le plan B pourrait être l'hindutva», à savoir le nationalisme hindou, estime Christophe Jaffrelot, chercheur à Sciences Po à Paris et au King's College de Londres.

(L'essentiel/AFP)