En Libye

05 avril 2015 17:45; Act: 05.04.2015 17:55 Print

Les palais de Kadhafi ne sont plus que ruines

Quatre ans après la chute du Guide, ses anciennes résidences sont à l'abandon ou squattés. Aucune transformation n'a été initiée du fait de l'instabilité de la Libye.

Voir le diaporama en grand »

Sur ce sujet

Avant la chute du régime, les Libyens n'osaient pas s'en approcher. Il ne reste aujourd'hui qu'un terrain vague de la résidence la plus célèbre de Mouammar Kadhafi, dont un autre palais accueille désormais un marché aux animaux. Au coeur de Tripoli, Bab Al-Aziziya était un immense complexe fortifié où a vécu le défunt dictateur pendant plusieurs décennies. Résidence personnelle mais aussi QG du régime, il comprenait zoo, piscine, centres de commandement, caserne et même des tentes, le «Guide» ayant toujours prétendu vivre comme un bédouin.

Bab Al-Aziziya n'est aujourd'hui plus que ruines après avoir été rasé par les bombardements de l'Otan puis détruit et pillé par les rebelles qui ont renversé Kadhafi en 2011. Au sein de ce complexe qui s'étend sur plus de 7 km², l'emblématique «maison de la résistance», un bâtiment portant les stigmates d'un bombardement américain en 1986, a totalement disparu. Le mémorial érigé devant cette maison, célèbre poigne de cuivre écrasant un avion de chasse américain, a été déboulonné et transporté à Misrata, une ville à l'est de la capitale. Les autorités de transition voulaient transformer Bab Al-Aziziya en une zone verte, un parc d'attraction pour les familles. Un ex-Premier ministre avait proposé en 2012 d'y construire une bibliothèque, un théâtre et un monument à la mémoire des «martyrs de la révolution libyenne».

Des palais utilisés par des familles de déplacés

Mais le pays a depuis sombré dans l'anarchie, avec deux gouvernements et Parlements rivaux et des combats récurrents entre milices. Pour le porte-parole du ministère du Tourisme du gouvernement installé à Tripoli, Adel Mohamed Farina, il est «exclu de transformer ce complexe en musée» car il symbolise «une période noire de l'histoire du pays». Les rares bâtiments encore debout sont aujourd'hui squattés par des sans-abris et déplacés du conflit libyen.

À Sebha, située à 600 km au sud de la capitale, un autre palais de Kadhafi a subi le même sort. À Benghazi, deuxième ville du pays et haut lieu de la révolte ayant renversé Kadhafi, c'est un marché aux animaux qui a été établi sur les lieux du palais qui s'étendait sur plus de 10 hectares. Les habitants viennent y vendre des oiseaux, des chiens et autres animaux domestiques. À l'instar de Bab al-Aziziya, l'ancien palais de Benghazi a été pris d'assaut par des familles déplacées. «Nous avons rêvé d'une vie meilleure après la chute de Kadhafi, et nous voilà réduits à habiter ses ruines», regrette Mohamed Souleimane, 43 ans, un déplacé entouré d'enfants.

(L'essentiel/AFP)