En Afghanistan

29 octobre 2020 13:20; Act: 29.10.2020 14:54 Print

Les talibans misent sur une nouvelle arme

Avec un documentaire élogieux sur leur chef militaire décédé, les talibans jouent la carte de la propagande à l’heure des pourparlers de paix.

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Le nouveau documentaire retrace la vie du chef militaire afghan Jalaluddin Haqqani. (photo: AFP)

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Jalaluddin Haqqani, «grand réformateur et conquérant» d’Afghanistan. Le documentaire élégiaque consacré au fondateur du réseau du même nom, accusé des pires atrocités, souligne combien la propagande des talibans a progressé et évolué: ils se dépeignent désormais comme des administrateurs compétents au moment où ils négocient l’avenir du pays à Doha.

Il souligne combien les talibans ont «étendu leurs compétences» audiovisuelles, observe Andrew Watkins, un analyste de l’International Crisis Group. Chassés du pouvoir par une coalition internationale menée par les États-Unis en 2001, avant que les smartphones ne deviennent la norme, les insurgés ont d’abord utilisé les mosquées pour prêcher leur cause. La poésie pachtoune, une ethnie dont nombre d’entre eux sont originaires, a également été mise à contribution.

«Jamais aussi bons que l’État islamique»

Très rapidement, les talibans ont toutefois employé l’arme visuelle pour galvaniser leurs troupes: vidéos de futurs kamikazes souriant juste avant de se faire sauter, véhicules ennemis explosant sur des mines, combats… Tournés comme de petits «films d’action», ces contenus «ont contribué à la construction de l’image d’un mouvement fort, capable de mener des vraies offensives militaires contre les Américains», remarque Gilles Dorronsoro, un spécialiste français de l’Afghanistan.

Les talibans n’ont toutefois «jamais été aussi bons que l’État islamique», dont la propagande a séduit des milliers de jihadistes à travers le monde, ajoute-t-il. Une nouvelle étape a été franchie lorsque les rebelles, à force de guérilla, ont arraché en février un accord de retrait des troupes étrangères à Washington contre de vagues contreparties, selon plusieurs analystes.

Le documentaire sur Jalaluddin Haqqani, lui, est sorti au moment où les talibans démarraient en septembre au Qatar d’hypothétiques négociations de paix avec les autorités afghanes.

Jalaluddin Haqqani, longue barbe et turban, y traverse quatre décennies de guerre, que ses discours ne cessent de légitimer au nom d’un combat pour l’islam. Blessé durant l’invasion soviétique, il harangue ses troupes contre «l’occupation» occidentale. Surtout, le documentaire le présente comme un bon administrateur de son fief de Khost (est), où il aurait ouvert «des dizaines de madrasas» et se serait «concentré sur les œuvres de bienfaisance», luttant pour les services publics et contre la corruption.

Un message étonnant, quand le réseau Haqqani, qu’il a créé, est tenu responsable des attaques les plus sanglantes des deux dernières décennies, notamment un attentat au camion piégé à Kaboul en mai 2017 qui avait fait plus de 150 morts. Ces dernières semaines, outre des mises en scène très chorégraphiées de l’entraînement de leurs combattants, les talibans ont communiqué sur leur construction d’infrastructures, routes et autre canal d’irrigation.

Sur Twitter, ils donnent l’impression de contrôler l’Afghanistan: un convoi de leurs 4x4 parade, leur drapeau blanc et noir aux fenêtres, «aux portes de la capitale», où ils promettent de «protéger la population» et d’«accroître les patrouilles» contre «les voleurs et les corrompus». Reste à comprendre si la propagande touche sa cible, alors que beaucoup d’Afghans, notamment dans les villes, craignent un retour au pouvoir des insurgés au terme de ces négociations.

(L'essentiel/afp)