En Afghanistan

04 mars 2021 08:22; Act: 04.03.2021 09:08 Print

Les talibans s'en prennent aux ONG aidant les femmes

À Doha, les talibans se disent prêts à garantir les droits des femmes. Mais en Afghanistan, les ONG constatent au contraire, ces derniers mois, qu'ils ont durci leur position.

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Les talibans espèrent revenir au pouvoir et instaurer un régime fondé sur la loi islamique, encadrant les droits des femmes. (photo: AFP/Javed Tanveer)

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Les insurgés ont rendu difficile l'accès aux territoires qu'ils contrôlent, ordonné la fermeture de programmes promouvant l'autonomie des femmes et interdit par endroits aux ONG d'employer du personnel féminin, ont indiqué plusieurs de ces organisations.

Ils «donnent l'impression d'avoir changé et c'est un exemple vraiment concret que ce n'est pas le cas», déplore un responsable afghan d'une grande organisation internationale. L'AFP a parlé à des représentants d'une dizaine d'ONG, qui ont tous requis l'anonymat par peur de représailles.

Tous décrivent une détérioration de la situation, depuis la signature à Doha, en février 2020, de l'accord entre Washington et les talibans sur le retrait total des forces américaines d'ici mai, et plus encore ces derniers mois.

Double langage

Les talibans espèrent revenir au pouvoir et instaurer un régime fondé sur la loi islamique, encadrant les droits des femmes.

«L'Islam a offert aux femmes tous les droits basiques comme l'éducation, le travail, la possession, le commerce», assurait en décembre devant un centre de recherche qatari le mollah Abdul Ghani Baradar, leur cofondateur.

Mais la communauté internationale se rappelle que quand ils étaient au pouvoir, entre 1996 et 2001, les femmes ne pouvaient ni travailler, ni étudier, et celles accusées d'adultère étaient lapidées. Elle a donc fait du respect des droits des femmes un élément clé des négociations inter-afghanes, qui ont débuté en septembre au Qatar mais sont aujourd'hui au point mort.

Une lettre, datant de novembre, de la commission talibane dédiée aux organisations humanitaires, dont l'AFP a obtenu copie, tend à montrer que les talibans manient le double langage. «Les ONG qui sortent les femmes de leur maison au nom de l'indépendance économique, de l'éducation ou du sport, ne sont en aucun cas acceptables», y est-il écrit.

Comme une gifle

Ce ton a déstabilisé les ONG, qui avaient graduellement trouvé un modus vivendi avec les talibans leur permettant d'aider dans certains endroits les femmes, parfois même avec des projets éducatifs. «C'est comme une gifle de lire ça», réagit une employée d'une organisation étrangère venant en aide aux communautés isolées.

Si la pression contre ce type d'activités n'a «rien de nouveau», observe un haut responsable humanitaire, le changement tient au fait que cela devient «bien plus officiel et répandu». Dans cette lettre, la commission se dit prête à «prendre les mesures nécessaires» à l'encontre des ONG qui contreviendraient à ses consignes.

Le message a été bien reçu et plusieurs travailleurs humanitaires ont déclaré avoir été contraints d'abandonner des programmes dans certaines zones. «Quand tu reçois une lettre des talibans, ce ne sont pas des rigolos du tout, il faut l'appliquer», assure un haut responsable d'une autre organisation étrangère.

Parallèlement, les talibans ont bloqué l'accès de certaines zones au personnel féminin des ONG. Selon deux organisations, les insurgés ont dit avoir reçu ces ordres de leur bureau politique au Qatar.

«Nous avons tout fait pour les convaincre, mais ils ont dit non», précise un responsable humanitaire œuvrant dans le nord du pays.

Sans personnel féminin, les ONG ne peuvent plus travailler avec les femmes, car les talibans refusent qu'elles soient vues par des hommes n'étant pas membres de leur famille.

Une employée d'une autre organisation internationale regrette ainsi de n'avoir pu «atteindre que les hommes» dans des zones talibanes au nord.

Des mots sensibles

Si l'accès des humanitaires aux femmes n'a jamais officiellement été autorisé par les talibans, il se discutait jusqu'ici à l'échelon local entre les communautés et les chefs insurgés du coin.

Dans les zones où les talibans sont plus flexibles, les employées afghanes des ONG doivent porter la burqa et être accompagnées d'un «mahram», un chaperon masculin de leur famille.

Pour elles, la pression est constante. «Nous n'utilisons pas les termes "droits humains" ou "droits des femmes", car ce sont des mots sensibles», raconte une jeune femme qui se dit terrifiée à chaque fois qu'elle se rend en territoire taliban.

«Je peux voir la peur sur le visage de toutes mes collègues», ajoute une autre salariée afghane d'une organisation internationale. D'autres projets humanitaires ont récemment dû être annulés, les talibans ayant multiplié les tracasseries administratives.

Comme plusieurs humanitaires, Andrew Watkins, analyste à l'International Crisis Group, établit un lien avec le processus de paix. Leur «légitimité» en ayant été renforcée, les talibans tentent «de se présenter comme une entité gouvernante».

Cette attitude ne préjuge toutefois pas de leur politique future, pense Rahmatullah Amiri, un expert indépendant afghan, pour qui ils devraient se montrer plus permissifs que par le passé s'ils reviennent au pouvoir.

Ils «autoriseront les femmes à aller à l'université et étudier, mais sous certaines conditions», comme l'absence de classes mixtes et le port obligatoire du hijab, prévoit-il.

Ils seraient aussi prêts à les laisser tenir des emplois de médecins, sages-femmes, infirmières, commerçantes ou fonctionnaires, pour peu qu'ils soient non-mixtes. Mais tout cela, dit-il, ne sera décidé qu'après la guerre.

(L'essentiel/afp)

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Les commentaires les plus populaires

  • Pascal le 04.03.2021 12:02 Report dénoncer ce commentaire

    Encore hier en Suède un réfugié Afghan attaque à l'arme blanche et fait 7 blessés. Tous les réfugiés ne sont pas des criminels, mais on doit subir ça trop souvent. Il faudrait un minimum de contrôle. Par ailleurs, en Europe on nous rabbache sans cesse qu'il ne faut pas être raciste. Dans les autres pays ce n'est pas toujours comme ça. Donc les mentalités sont forcément différentes.

  • @LesPauvres le 04.03.2021 12:00 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Qui est la "chance" qui a perpétré l'attaque au couteau en Suède ? Un Suédois ? Noooon, un Afghan, alors tes discours de gaucho bisounours, tu peux te les garder.

  • LesPauvres le 04.03.2021 10:13 Report dénoncer ce commentaire

    ah les beau discours derrière vos claviers .. je vous verrai bien si vous vivez à la place de ces pauvres gens. allez vomir votre haine de la vie dans vos toilettes !

Les derniers commentaires

  • Qu'en pense Jean ? le 04.03.2021 12:53 Report dénoncer ce commentaire

    Il faut dire cela à Jean, qu'il réfléchisse un peu avant car il lui faudra bien un jour fournir des explications. Personne n'a jamais voté pour cela, donc c'est une décision du Prince de nous imposer cela et à nos frais.

  • Pascal le 04.03.2021 12:02 Report dénoncer ce commentaire

    Encore hier en Suède un réfugié Afghan attaque à l'arme blanche et fait 7 blessés. Tous les réfugiés ne sont pas des criminels, mais on doit subir ça trop souvent. Il faudrait un minimum de contrôle. Par ailleurs, en Europe on nous rabbache sans cesse qu'il ne faut pas être raciste. Dans les autres pays ce n'est pas toujours comme ça. Donc les mentalités sont forcément différentes.

  • @LesPauvres le 04.03.2021 12:00 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Qui est la "chance" qui a perpétré l'attaque au couteau en Suède ? Un Suédois ? Noooon, un Afghan, alors tes discours de gaucho bisounours, tu peux te les garder.

  • LesPauvres le 04.03.2021 10:13 Report dénoncer ce commentaire

    ah les beau discours derrière vos claviers .. je vous verrai bien si vous vivez à la place de ces pauvres gens. allez vomir votre haine de la vie dans vos toilettes !

    • Louboutin le 04.03.2021 10:29 Report dénoncer ce commentaire

      Mais justement on ne vit pas dans ce genre de pays et on ne veut surtout pas qu'on nous apporte cette culture d'un autre temps.

  • duvaro le 04.03.2021 10:03 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Et toutes les "chances" qu'on accueille viennent ensuite nous imposer leurs mœurs moyennageuses en Europe ...Heureusement qu'ils sont tous médecins et ingénieurs n'est-ce pas Angela ?

    • Louboutin le 04.03.2021 10:14 Report dénoncer ce commentaire

      @ duvaro, merci.