Tueries de masse

05 août 2019 10:18; Act: 05.08.2019 10:38 Print

Les USA face à la menace du «terrorisme blanc»

Au lendemain des fusillades sanglantes d'El Paso et de Dayton, de nombreux politiciens US appellent à une prise de conscience face à une «menace réelle et actuelle».

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Les tueries d'El Paso et de Dayton ont fait une trentaine de morts ce week-end.

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Plusieurs voix se sont élevées dimanche aux États-Unis, au lendemain de deux fusillades sanglantes, pour appeler les autorités à prendre la mesure de la «menace» que représente le «terrorisme blanc». Les démocrates ont accusé Donald Trump de l'alimenter avec ses discours incendiaires.

«Il est clair que les vies perdues à Charleston, San Diego, Pittsburgh et, vraisemblablement désormais aussi à El Paso, sont les conséquences d'un terrorisme nationaliste blanc», a estimé un candidat à la primaire démocrate, Pete Buttigieg, en référence à des attaques menées dans une église noire, deux synagogues et à celle de samedi dans un centre commercial du Texas.

El Paso, située sur la frontière mexicaine, abrite une population à 85% hispanique. Le tireur, un homme blanc de 21 ans, était venu de la banlieue de Dallas, à neuf heures de route, pour semer le carnage à une heure de grande affluence. Armé d'un fusil d'assaut, il a tué 20 personnes et fait 26 blessés avant de se rendre à la police, qui soupçonne un motif raciste.

Un manifeste, attribué au tireur et circulant sur Internet, dénonce notamment «une invasion hispanique du Texas». Il fait référence à la tuerie commise par un suprémaciste blanc dans des mosquées de Christchurch en Nouvelle-Zélande (51 morts, le 15 mars). Treize heures plus tard, un autre homme blanc âgé de 24 ans a semé la terreur dans un quartier animé de Dayton, dans l'Ohio, faisant 9 morts en moins d'une minute.

«Diabolique»

«On a ici deux facteurs qui se combinent», a poursuivi Pete Buttigieg sur Fox News: «D'un côté la faiblesse des politiques de régulation du marché des armes, et de l'autre la hausse d'un terrorisme domestique inspiré par le nationalisme blanc». «On ne pourra pas protéger l'Amérique de cette menace si on n'est pas prêt à la nommer», a poursuivi le jeune maire de South Bend (Indiana). «Le gouvernement doit arrêter de prétendre que c'est juste du hasard et qu'on ne peut rien faire».

Donald Trump a assuré dimanche que la «haine» n'avait pas sa place aux États-Unis, au lendemain des deux fusillades ayant fait 29 morts, qu'il a imputées à un «problème de maladie mentale». «Il faut que ça s'arrête. Ça dure depuis des années», a également précisé le président américain depuis le New Jersey. «On a déjà fait beaucoup mais peut-être qu'on peut faire davantage», a-t-il dit.

Le président Trump a qualifié la fusillade d'El Paso d'«acte de lâcheté», sans s'étendre sur les motifs présumés du suspect. Et le maire républicain d'El Paso a réduit la tragédie dans sa ville à l'acte d'un «homme dérangé, purement diabolique».

Mais, même pour certains républicains, cette explication ne suffit plus. «La lutte contre le terrorisme est déjà une priorité, je pense qu'elle devrait inclure de s'opposer avec fermeté au terrorisme blanc», a tweeté George P. Bush, le neveu de l'ancien président George W. Bush élu à un poste de responsable au Texas. «C'est une menace réelle et actuelle que nous devons dénoncer et faire disparaître», a-t-il poursuivi.

«Identité blanche»

En 2017 et 2018, selon le centre d'analyse New America, les violences d'extrême droite ont fait plus de victimes aux États-Unis que les attaques djihadistes. Pourtant les autorités ont tardé à réagir, selon Robert McKenzie, de ce centre de réflexion. «Même sous le gouvernement du démocrate Barack Obama, les services de renseignements ont souvent ignoré les menaces d'extrême droite pour des raisons politiques», a-t-il écrit en début d'année.

Ce qui a changé depuis l'élection de Donald Trump en 2016, c'est le ton du débat public. Le président a repris à son compte l'idée d'une «invasion» de migrants, a refusé de condamner les manifestations d'extrême droite à Charlottesville en août 2017, et a récemment appelé des parlementaires de l'opposition issues des minorités à «retourner» dans leur pays.

«Le président en personne promeut le racisme et la suprématie blanche», a accusé dimanche une autre candidate à la primaire démocrate, Elizabeth Warren. Un de ses rivaux, Beto O'Rourke, est même allé plus loin, en assurant que Donald Trump «encourage non seulement la rhétorique raciste mais aussi la violence qui suit». «Ça ne vient pas seulement de lui», a-t-il toutefois noté, en fustigeant également la chaîne Fox News, la propagande raciste qui circule sur Internet et «une plus grande tolérance envers le racisme» chez ses concitoyens.

(L'essentiel/afp)