Selon l'ONU

16 septembre 2020 14:12; Act: 16.09.2020 16:41 Print

Maduro auteur de «crimes contre l'humanité»

Le président vénézuélien Nicolas Maduro et des membres éminents du gouvernement sont à l'origine de «possibles crimes contre l'humanité», ont affirmé mercredi, des enquêteurs de l'ONU.

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Nicolas Maduro est dans le viseur des Nations unies. (photo: AFP/-)

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L'équipe d'enquêteurs - qui rend là son premier rapport mais qui n'a pas pu aller sur place - assure avoir trouvé des preuves de crimes contre l'humanité, disant avoir de «bonnes raisons de penser que le président» ainsi que le ministre de l'Intérieur et celui de la Défense «ont ordonné ou contribué à commanditer les crimes avérés», selon un communiqué.

«Nous avons des informations selon lesquelles ils ont donné des ordres ou qu'ils ont coordonné des activités, adopté des plans et des stratégies, fourni de la logistique, des ressources humaines et autres qui ont résulté dans la commandite des crimes documentés», a expliqué Marta Valinas, la cheffe de ces enquêteurs, au cours d'une conférence de presse par visioconférence.

Certains de ces crimes, «y compris des meurtres arbitraires et l'usage systématique de la torture, tombent sous le coup de crimes contre l'humanité», a-t-elle estimé.

Pas isolés

«Ces actes sont très loin d'être isolés, ces crimes ont été coordonnés et commis au nom de directives d’État en connaissance de cause et avec le soutien direct d'officiers supérieurs et de hauts responsables du gouvernement», poursuit le rapport de 411 pages.

Les enquêteurs ont demandé aux autorités vénézuéliennes d'immédiatement ouvrir «des enquêtes indépendantes, impartiales et transparentes».

Le rapport estime en outre que d'autres instances, y compris la Cour pénale internationale, «devraient aussi considérer des poursuites judiciaires contre les individus responsables des violations et des crimes identifiés par la mission», a souligné Mme Valinas.

Bien que le trio d'enquêteurs n'ait pu se déplacer au Venezuela, il a tiré ses conclusions de quelque 274 entretiens à distance avec des victimes, des témoins, d'anciens responsables ainsi que de l'analyse de documents confidentiels, y compris des dossiers judiciaires.

Mme Valinas a reconnu qu'il serait mieux de pouvoir se rendre sur place pour rencontrer les victimes, voir les lieux où les exactions ont été commises et rencontrer les représentants des autorités, «mais, même sans l'accès au pays, notre mission a été en mesure de mener une enquête sérieuse et en profondeur ces derniers mois». «Cela ne nous a pas gênés dans la conduite de notre enquête et empêché de tirer des conclusions qui reposent sur des bases solides», a-t-elle insisté.

La mission d'enquête a passé en revue 2.500 incidents depuis 2014 qui ont conduit au meurtre de 5 000 personnes par les forces de l'ordre.

Indésirables

«Ces exécutions extra-judiciaires ne peuvent pas être mises sur le compte d'un manque de discipline au sein des forces de l'ordre», a affirmé Mme Valinas, soulignant que les hauts responsables gardaient le contrôle de ces dernières.

«Ces meurtres semblent entrer dans le cadre d'une politique d'élimination de membres indésirables de la société sous le couvert du combat contre la criminalité».

Les enquêteurs ont demandé le démantèlement des forces d'action spéciales, qui, avec la police nationale, semblent responsables de bien plus de la moitié de ces morts.

«Notre enquête montre que ces forces d'action spéciales (FAES) sont toujours actives et qu'elle effectuent des missions qui aboutissent à des meurtres extra-judiciaires et par conséquent nous faisons une recommandation très claire : que le gouvernement dissolve ces forces. Nous sommes convaincus qu'elles restent un problème majeur», a dit Mme Valinas.

Quant à la torture, qui, selon le rapport, est systématique, les enquêteurs soulignent que les tortionnaires ont recours au viol, à l'asphyxie, au tabassage, aux chocs électriques et aux menaces de mort pour punir les victimes ou les forcer à passer aux aveux.

Ni le président Maduro ni le gouvernement n'ont réagi dans l'immédiat à ce rapport.

(L'essentiel/afp)