Au Pakistan

11 mai 2018 08:54; Act: 11.05.2018 11:33 Print

Malformations dues à l'eau polluée à l'arsenic

Le village de Kot Assadullah est tristement célèbre au Pakistan, pour le nombre de ses habitants atteints de difformités attribuées à la pollution de l'eau.

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À Kot Assadullah, au moins 200 enfants souffrent de malformations des os et des dents depuis 2000.

Basharat Ali avait 15 ans quand ses jambes ont commencé à le lâcher. Un cas parmi tant d'autres dans son village de Kot Assadullah, tristement célèbre au Pakistan pour le nombre de ses habitants atteints de difformités attribuées à la pollution de l'eau. Trop faible pour porter son cartable d'écolier, Basharat Ali, désormais âgé de 32 ans, a été emmené à l'hôpital, où des médecins ont établi que l'eau qu'il avait consommée, chargée en arsenic et différents métaux et minéraux, était en cause.

«Ça a été un énorme choc pour moi. J'ai dû arrêter mes études pour suivre un traitement», raconte cet homme frêle aux dents jaunies et abîmées, assis sur le toit de sa maison située à 45 km de Lahore, la deuxième ville du Pakistan. De là, Basharat Ali a une vue directe sur des usines des environs, qui produisent tant du plastique que des produits pharmaceutiques, en passant par des câbles électriques... et sont fréquemment accusées de polluer l'eau que les riverains boivent ensuite.

«Ils restent cachés dans leurs maisons»

D'après la Chambre de commerce et de l'industrie de Lahore, 90% des entreprises rejettent leurs déchets industriels sans les traiter. Des médias locaux se sont émus de la situation à Kot Assadullah il y a plus d'une décennie. Des équipes médicales s'y sont rendues, ainsi que des experts environnementalistes. De nouveaux puits ont alors été creusés. Mais la situation ne s'est pas améliorée pour autant et l'eau reste polluée. D'après Basharat Ali, au moins 200 enfants souffrent de malformations des os et des dents depuis 2000. Devenus adultes, «ils restent cachés dans leurs maisons» et «ne reçoivent aucune proposition de mariage», peste le trentenaire, dont une jambe est plus courte que l'autre et qui peine à marcher.

Cette petite ville de 6 000 âmes est désormais connue pour les disgrâces frappant sa population. «Les gens des autres villages nous reconnaissent et nous disent: "Vous êtes de Kalalanwala"», un autre nom de Kot Assadullah, se lamente Muhammad Mukhtiar, un commerçant de 26 ans. Lors du passage récent de l'AFP, des hommes, femmes et enfants faisaient la queue, des bouteilles de toutes tailles à la main, devant des robinets proposant de l'eau filtrée, mis en place par une ONG l'année dernière. Un autre centre de traitement des eaux, public, est actuellement en construction. Tous deux ne suffiront toutefois pas à abreuver l'ensemble de la commune, selon ses habitants.

(L'essentiel/afp)