Chaos en Libye

18 octobre 2016 08:41; Act: 18.10.2016 10:41 Print

«Notre vie était meilleure sous Kadhafi»

Depuis la mort du dictateur en 2011, insécurité et pénuries se sont installées dans le quotidien des Libyens. Certains regrettent l'ancienne période.

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Depuis la chute de Kadhafi, la Libye a sombré dans le chaos. (photo: AFP/Filippo Monteforte)

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«Kadhafistes par frustration», ironise-t-on à Tripoli pour désigner ceux qui commencent à regretter l'ère du dictateur Mouammar Kadhafi. Cinq ans après sa mort, le pays est morcelé et plongé dans le chaos. «Notre vie était meilleure sous Kadhafi», affirme Faïza al-Naas, même si cette pharmacienne dit avoir «honte» de ses propos quand elle «pense à tous ces jeunes qui ont donné leur vie pour nous délivrer du tyran», en allusion aux rebelles ayant combattu les forces de Kadhafi jusqu'à sa mort, le 20 octobre 2011. Depuis sa chute après 42 ans de règne, insécurité et pénuries se sont installées dans le quotidien des Libyens, rythmé par les coupures d'électricité et les files d'attente devant les banques, où la liquidité fait défaut.

Le pays est déchiré par des luttes d'influence que se livrent dans l'impunité la plus totale les nombreuses milices, mais aussi les dizaines de tribus, composante essentielle de la société libyenne. Ce riche pays pétrolier aux frontières poreuses est devenu, depuis, un carrefour de contrebande d'armes, de drogues et surtout de trafic lucratif de migrants de l'Afrique subsaharienne, qui tentent la périlleuse traversée de la mer Méditerranée pour rejoindre l'Europe. Profitant du chaos, les djihadistes ont fait de l'immense territoire libyen un de leurs repaires.

Le choix entre «deux extrêmes»

Sur le plan politique, deux autorités rivales se disputent le pouvoir. Le gouvernement d'union nationale (GNA), issu d'un accord parrainé par l'ONU, est basé à Tripoli. Une autorité rivale s'est installée dans l'est du pays, où une grande partie de la région est contrôlée par les forces du maréchal controversé Khalifa Haftar. Celles-ci ont étendu en septembre leur influence aux terminaux pétroliers de l'Est, permettant une reprise des exportations au profit d'une compagnie nationale de pétrole, qui tente tant que bien que mal de garder sa neutralité. Khalifa Haftar puise sa légitimité du Parlement, basé à l'Est, mais reconnu, lui aussi, tout comme le GNA, par la communauté internationale. Il se présente comme le sauveur, le seul capable de rétablir l'ordre.

«Les Libyens sont obligés de choisir entre deux extrêmes: le chaos sous les milices et les extrémistes islamistes, ou un régime militaire», déplore l'analyste libyen Mohamed Eljarh, membre non résident du centre Rafik Hariri pour le Moyen-Orient. «Il n'y a pas d'alternatives convaincantes». Khalifa Haftar n'arrive toujours pas à venir à bout des milices djihadistes proches d'Al-Qaïda à Benghazi.

(L'essentiel/AFP)