Nicaragua - évêques agressés

10 juillet 2018 09:50; Act: 10.07.2018 12:35 Print

«Nous avons été pris au piège par la fusillade»

Des partisans du président Daniel Ortega et des paramilitaires ont agressé des prélats catholiques dans une basilique, lundi.

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La tension est encore montée d'un cran lundi, au Nicaragua, où une centaine de partisans du président Daniel Ortega et de paramilitaires ont agressé des prélats catholiques dans une basilique, au lendemain d'affrontements entre partisans et adversaires du pouvoir qui ont fait 14 morts.

Lundi, à Diriamba (sud-ouest), à 45 kilomètres de la capitale Managua, des forces pro-Ortega ont fait irruption dans la basilique San Sebastian, où une dizaine de manifestants de l'opposition s'étaient réfugiés depuis les violences meurtrières de dimanche, et où s'est rendue une délégation d'évêques et de prêtres.

L'Église catholique fait office de médiatrice au Nicaragua et avait annoncé une reprise du dialogue, lundi, entre le gouvernement et l'opposition, alors que le pays est secoué depuis mi-avril par une vague de contestations exigeant le départ du président, accusé de confisquer le pouvoir.

Journalistes et étrangers attaqués

À son arrivée, la délégation menée par le cardinal Leopoldo Brenes, archevêque de Managua et président de la Conférence épiscopale du Nicaragua (CEN), et par le nonce apostolique (ambassadeur du pape), Stanislaw Waldemar Sommertag, a été accueillie aux cris d'«Assassins!», «Menteurs!» et «Fils de pute!», lancés par des soutiens du gouvernement.

Les prélats ont ensuite été entourés et bousculés avant de se frayer difficilement un chemin jusqu'à l'intérieur de l'édifice. Les paramilitaires cagoulés en ont profité pour faire irruption dans la basilique et en expulser des opposants. Dans un coin, près de l'autel, se trouvaient plusieurs personnes dont la plupart avaient le visage couvert d'une chemise ou d'une veste. «Nous avons été pris au piège par la fusillade dimanche, nous avons très peur pour nos vies», a déclaré à l'AFP l'une d'entre elles, un homme de 40 ans.

«Jamais vu une telle situation»

L'évêque auxiliaire de Managua, Silvio Baez, a déclaré avoir été blessé au bras et frappé à l'estomac. Mais «la souffrance qu'endure notre peuple» est bien «plus grave», a-t-il dit. Mgr Baez avait déclaré dans son homélie, dimanche, que la Conférence épiscopale allait «sérieusement réévaluer la poursuite» de sa médiation.

Après l'incursion, il a indiqué que les personnes se trouvant dans la basilique avaient été «libérées». L'une d'entre elles a indiqué par téléphone à l'AFP qu'elles se trouvaient maintenant à Managua et déposaient des plaintes auprès de groupes de défense des droits de l'homme. «Nous avons subi cette action dure, forte et brutale contre nos prêtres, nous n'avions jamais vu de telles situations au Nicaragua, c'est vraiment triste», a déclaré le cardinal Brenes à son retour à Managua.

14 morts dimanche

«Il est douloureux de voir que les droits de l'homme ne sont pas respectés. Ils ne respectent même pas les évêques», a déclaré à l'AFP dans la basilique Alvaro Leiva, secrétaire de l'Association nicaraguayenne des droits de l'homme (ANPDH).

Dimanche, des affrontements entre des forces gouvernementales et des opposants avaient fait au moins 14 morts - dont deux policiers - dans les villes de Jinotepe et de Diriamba (département de Carazo, sud-ouest), où des barricades avaient été érigées par les opposants.

(L'essentiel/nxp/afp)